Avec Seb, c'est en voyage, sur les routes, à l'aventure ou sur des itinéraires à rallonge concoctés par Moi, que l'on est le mieux ensemble. Toujours très proches, liberté en duo sur le dos !
L'été, les deux jours de trajet que l'on prévoit pour le Bordeaux-Grenoble se transforment souvent en trois ! Sur mes grandes lignes utilisant les réseaux départementaux, et parfois plus secondaires, chacun d'un côté de sa 106 ou de ma 306 chérie, on s'émerveille en décrivant nos paysages, sans oublier quelques: "Tu crois pas qu'ce serait aussi bien si tu regardais un peu d'la route?" !
Le tout rythmé par des détours, contrôlés ou incontrôlés, quand des panneaux indicateurs insoupçonnés nous font changer de direction, ou que les routes ont disparu de la carte ! Et aussi chercher notre nourriture: arriver à l'heure dans les petits villages pour que l'épicerie du coin soit encore ouverte, ou suivre les jeux de pistes des affiches de grandes surfaces à l'approche des agglomérations (en tant que paysagistes, on sait que toutes les villes de France s'appuient sur un même modèle urbain, aussi on s'en sort toujours bien, habitués aussi qu'on est de notre Communauté Urbaine de Bordeaux aux 700 000 habitants, l'agglo la plus étalée de province.) Et pour les soirées, c'est la quête d'un petit coin tranquille pour poser notre tente, se payer le spectacle du soir, et se fondre dans la nature en petites folies bestiales et tendres (pas que le soir, d'ailleurs: d'autres détours !) avant de s'endormir, au son des peuples nocturnes, sous la voûte des étoiles...
Mais ça, c'est l'été !
Et je voulais bien-sûr vous parler de notre trajet de cet hiver. L'hiver, donc, c'est toujours plus rapide (en fonction du temps de séjour, évidemment), on s'avale les 700/800 Km dans la journée.
Quand on part de Poitiers, après une visite éclair à la famille de Seb, on passe par Guéret et Montluçon, avec des variations. De Bordeaux, on a définivement laissé tomber pour cette saison (on le fait l'été, sans l'autoroute) le trajet tout autoroutier par Toulouse et Montpellier: trop cher, trop de circulation. On a un trajet tout en Nationales passant par Rodez et Mende, qu'on utilise généralement au retour pour rendre visite à une amie d'Albi, mais comme on n'a pas de nouvelles d'elle depuis plus d'un an, cette année tout s'est passé par Clermont. Ce sera, là aussi, bientôt tout autoroutier et plus rapide... pour permettre d'autres détours à Sébastien et Olivier !

Voici maintenant notre périple hivernal, à cheval sur 2005 (départ le 24) et 2006 (retour le 2).
L'aller s'est passé sans anecdotes notables. Attendus le soir pour le réveillon, et partis avec une heure de retard de Bordeaux, nous savions que nous n'aurions pas trop le temps de changer de direction. Et je dois dire que mon esprit tout entier était tendu vers Claix. Nous avons donc bien roulé, Moi au volant, compteur de 306 chérie calé entre 130 et 140 sur l'autoroute, entre 90 et 100 sur la route. Assez sérieux, non ?
Nous avons ainsi découvert de nouveaux tronçons d'A89, au large de Périgueux, agréable surprise au vu de notre retard de départ ( pratique l'autoroute... si les véhicules qui roulaient dessus étaient silencieux et non polluants, et que ces infrastructures n'apportaient pas une sordide uniformisation du territoire, je n'aurais rien à en dire de plus...). Puis les ralentissement traditionnels, là où l'autoroute n'est pas achevée, aux alentours de Terrasson-La-Villedieu et à l'entrée de Brive-La-Gaillarde, agrémentés d'une pause pains aux chocolats dans une boulangerie du Lardin. Pour la première fois, on a ensuite pris l'autoroute entre Brive et Tulle, retard oblige... Mais après-tout c'est aussi bien: la traversée de Brive n'est pas splendide, et la Nationale 89 dangereuse aux abords de Tulle.
L'autoroute, donc, jusqu'à après Ussel, avec la traversée de quelques ouvrages d'art autoroutiers impressionnants, et surtout les vues neigeuses sur le Puy de Sancy et le Puy de Dôme, dans la lumière claire d'une belle journée d'hiver.
Après, c'est 60 Km de Nationale jusqu'à Clermont. Normalement... ! Car, au Col de la Ventouse, je bifurque sur une Départementale secrète, dans une vallée moins circulée et aux paysages plus agréables où nous avons pique-niqué. Cette départementale nous mène ensuite sur un petit bout d'A75 et une jonction vers l'A72, nous évitant ainsi totalement l'agglo de Clermont, et (comme partout) ses déviations à 2x2 voies jonchées de ronds-points monumentaux, très désagréables pour la conduite, je trouve.
Nous traversons donc ensuite les Monts du Forez après Thiers, sur une A72 limitée à 110 en raison de courbes et pentes légèrement supérieures aux normes autoroutières. Puis c'est Saint-Etienne et son horrible vieille rocade à la circulation surchargée, où un crétin squatteur de voie du milieu m'oblige à des appels de phares et de longs déplacements latéraux pour rejoindre la voie de droite après l'avoir doublé sur la voie de gauche... Puis direction Lyon sur une vieille autoroute aux nombreuses traces d'accidents... Je commence à en avoir marre, de l'autoroute, moi, après plus de 600 Km...
Du coup, comme notre retard semble à peu près rattrapé, à Givors, en accord avec Seb, je quitte l'autoroute, qui, en plus, nous aurait fait remonter jusqu'à Lyon pour redescendre sur Grenoble. Direction Vienne, donc, en longeant le Rhône et où on le traverse, avant les derniers 80 Km coupant les terres agricoles du nord de l'Isère. Enfin Grenoble...et Claix, où nous sommes finalement arrivés avec une demie-heure d'avance sur l'horaire annoncé. Pour repartir à Grenoble pour le réveillon...

(la suite du séjour se déroule dans le message précédent ! J'y rajoute une toute petite tonche au coffre de 306 chérie, en marche-arrière, droit dans une borne peinte de la même couleur que le mur située derrière elle, donc pas vue...)

Et c'est parti pour le retour ! En espérant que les détails géographiques ne vous embêtent pas... Mais il y a eu plus d'anecdotes qu'à l'aller, vous verrez.
Départ de Grenoble à 10 heures, après avoir déposé ma Mère pour garder mes trois neveux. Même trajet général que dix jours auparavant... avec une variation dès le départ. Pour rejoindre Saint-Etienne, direction Annonay puis les Monts du Pilat.
r_publique1Et voilà les premières péripéties. La vague de froid et de neige étant passé par là dans la nuit, il y en a, de plus en plus, sur la route qui s'élève lentement vers le Col de la République, à 1161m. Nous n'avions absolument pas prévu ça ! Heureusement, nous ne sommes pas les premiers à passer, et si par moment on ne voit plus qu'une voie, on a toujours pu suivre d'autres traces. Retard... mais ce soir personne ne nous attend. Conduite très prudente, donc, pour ne pas s'envoyer dans le décor, et profiter de la beauté du paysage enneigé. Du moins, avant que le brouillard ne nous tombe dessus en redescendant du col. Là, c'était dix kilomètres de train fantôme: on n'a pas pu savoir combien de voitures étaient devant et derrière dans cet embouteillage, juste deux yeux rouges surgissant par intermittence à l'avant, et des yeux blancs à l'arrière...

Après, le mur de brume s'ouvre sur Saint-Etienne, le contournement sud est moins stressant que le nord, puis l'A72, le zap de Clermont par l'A75 et ma départementale magique du Col de la Ventouse, où nous décidons de pique-niquer une nouvelle fois. C'est tout près de Saint-Amant-De-Tallende que l'on décide de s'arrêter, en tournant dans une petite route sur la droite, puis un chemin de terre à l'allure sympathique, dans lequel on s'engage, roulant sur une centaine de mètres pour retrouver un peu de vue. Une glissade de deux mètres, en m'arrêtant, sur le sol détrempé par la neige récente, aurait du mieux nous avertir sur la perversité de ce charmant chemin...
bourbierMais pour l'instant, après le soulagement des vessies - ça fait partie de la Route, aussi ("Fais moi voir ce que tu as dans ta main...") -, nous savourons le sandwich Jambon-Moutarde-Tomate-Salade que nous a préparés ma Maman, avec au dessert "les restes" de chocolats de Noël. Puis, ragaillardis aussi par une bonne tasse de café de la thermo, nous voilà prêts à repartir. J'enclenche la marche-arrière, et... le brouillard est revenu ? Non: seulement, la vitre arrière est pleine de buée. Moi, patient, je me prépare à attendre un peu (et un coup de chiffon, flemmard, non ?), mais Seb me dit qu'on peut faire demi-tour un peu plus loin. En avant, donc. Cinquante mètres plus loin, la jonction avec un autre chemin, un peu plus pentu... J'hésite à m'y engager en avant ou en arrière et, Seb commençant à me dire comment manoeuvrer, j'opte pour l'avant (c'est moi qui conduis !) , descends un peu trop dans la pente... et les roues de 306 chérie se mettent à patiner furieusement  quand je demande à ma voiture, via le levier de vitesse et l'accélérateur, de repartir en arrière.  Je la laisse se calmer quelques secondes, puis nouvel essai: même patinements furieux, et glissade en avant !

Bien, bien. Pas de panique. Palabres en duo. Je m'avance finalement un peu plus dans le chemin, pour rejoindre une zone moins pentue -mais en courbe...-, et retenter de là bas, avec de l'élan. C'est parti ! Une fois: ça patine. Deux fois: ça patine. Trois fois: ça patine...
Je décide de laisser le volant à Seb. Il est plus "énergique" que moi avec les voitures, et, aussi, malgré nos deux seules années d'écart, il a le permis depuis 14 ans, et moi seulement depuis 7 ans...
Donc Seb s'élance: je souffre pour 306 chérie. En lui écrasant l'accélérateur et faisant hurler les roues, il parcourt quelques centimètres de plus que moi, mais patine toujours autant. Plus entêté que moi, aussi, il esaye au moins dix fois, et sous les roues, le chemin s'est transformé en piste de boue... Jusqu'à ce que je décide que 306 chérie devait se reposer pendant que nous réfléchissions...
Exploration des alentours, donc. Pas une habitation à la ronde, rien que des terrains détrempés. En poussant plus avant à pied dans le chemin, on découvre un endroit un peu plus plat où on peut faire demi-tour, et qui me semble plus herbu. En marche avant, après, ça ira peut-être mieux ? Malgré les doutes de Seb, je retourne, bille en tête, à la voiture, et je l'enfonce donc avec nous 200 mètres plus loin dans le chemin, dont la pente est très accentuée, avant mon replat...
Je déchante assez vite. Le demi-tour me prend déjà du temps: en bas de pente, le sol est encore plus détrempé et je, enfin, les roues de 306 chérie, creusent de profondes ornières dans le sol herbu-pas tant que ça herbu. Le patinage se met en route à chaque variation de pression sur l'accélérateur. Mais j'y arrive ! Voilà donc la voiture dans le bon sens... Je m'élance... Et ça patine ! Une fois, deux fois, trois fois... La pente est trop forte. Je cède de nouveau le volant à Seb: même résultat, plus glissade arrière...

Alors là... C'est l'instant critique: mais putain qu'est ce qu'on fout là et j'aurais pas du faire ça et t'aurais pas du faire ça et qui c'est qui va venir nous dépanner ici et patati et patata pourquoi pourquoi fais chier fais chier... Mais j'arrive assez vite, avec un effort, à me raisonner, avant que ce flot interne ne se transforme en torrent colérique style injurieux, et à rediriger mon énergie aux bons endroits... J'ai quand même vécu d'autres choses que ma grosse 306 chérie embourbée (1 tonne, quand même l'engin)!
Bref, quelques secondes de concentration, et je m'oriente vers la solution qui me semble la plus adaptée: aller au village le plus proche et trouver un sauveur en tracteur (m'étonnerait que les numéros de dépannage puissent nous envoyer un véhicule adéquat).
Mais Seb veut encore essayer... Concentration encore: sa fierté gagne la mienne, mais pas question de harceler inutilement les pauvres roues de 306 chérie... C'est d'accord, mais on cherche quelquechose à mettre sous les roues, Seb prend le volant et moi je pousse (depuis le premier patinage, je propose la force de mes petits-bras en plus du moteur, mais Seb n'avait pas accepté jusqu'ici...fierté, fierté...).
Nous voilà donc retournant près d'une cabane qu'on avait aperçue lors de notre première exploration pédestre. Rien de bien intéressant: quelques vieilles planches, mais pleines de clous et bien humides... Demi-tour, et là, sur notre droite, protégé par un morceau de plastique ondulé: un tas de grosses tuiles. On hésite... Elles ont l'air plutôt neuves. Mais il y en a beaucoup. Petits voyous, on en prend deux, pensant que ce sera suffisant.
Et... Oui, ça marche. Les pneus de 306 chérie s'accrochent aux tuiles... pour se remettre à patiner quelques mètres plus loin... et les tuiles sont brisées. Et la pluie se met à tomber. Glissade arrière. Grrrrrr !!

De tuiles en tuiles (on en a pris une dizaine, au total...) et d'efforts de ma part à la poussée, 306 chérie franchit enfin la première pente, et se traîne jusqu'à la déclivité courbe qui nous a entraîné jusqu'ici. Et là, en marche avant, pas mieux qu'en marche arrière...
On retourne chercher nos morceaux de tuiles, et on les dispose en chemin pour les roues. Seb toujours au volant et moi à l'arrière-train (Seb me dira que ça se sentait quand je poussais, merci beaucoup, mes courbatures du lendemain n'auront donc pas servi à rien...), on avance, mètre par mètre ou presque, sur les derniers cinquante mètres de côte, jusqu'à l'endroit du (si lointain) pique-nique. Là, la pente s'inverse, et on peut enfin rejoindre la route, après une heure et demie d'aventures en chemin de terre, mouillés et crottés... mais pas autant que 306 chérie ! Mais les 400 Km de route qu'il nous reste à parcourir se chargeront de la nettoyer !

Et, enfin, on s'autorise à en rigoler franchement. Une nouvelle aventure de Sébastien et Olivier (avec nos excuses au paysan pour ses tuiles et son chemin...). Et après un petit nettoyage de pieds, une bonne tasse de café, ma clope enfin fumée (elle attendait depuis la fin du pique-nique), le retour de Seb sur les lieux du bourbier pour prendre la photo que vous avez vu plus haut, nous voilà repartis.
Avec, momentanément dans nos pensées: vu le temps qu'on a passé ici, on aurait vraiment pu s'arrêter une heure pour voir le (très) Jeune Homme de Clermont, s'il avait été disponible... Mais nous n'aurions pas vécu cette aventure...

routeneigerouteneige22La route nous ramène assez vite à la contemplation du paysage, et à des émerveillements immédiats. En montant sur les hauteurs du Massif Central, la pluie devient neige. Conduite prudente... plus que jamais ! Mais on s'autorise quand même un nouveau détour, que j'avais prévu au départ, un raccourci, en fait ! Une départementale, dans le voisinage d'Orcival, qui réduit de quatre kilomètres une boucle de la Nationale 89. Une route même pas déneigée, pour se régaler à 40 à l'heure des beautés froides de l'hiver...

Puis c'est de nouveau l'A89, qui redescend lentement vers l'Ouest, dans le jour tombant: Tulle, Brive, les ralentissements sur la Nationale, et encore A89, dans la nuit, Périgueux, un arrêt essence sur une aire d'autoroute, Libourne, et l'arrivée à Bordeaux vers 21h30, avec le Pont de Pierre, la Flèche Saint Michel et la Place de la Bourse se mirant dans la Garonne, et illuminés rien que pour nous, bien-sûr !