Mauvaise surprise pour mon retour à Bordeaux. J'ai juste eu le temps de dire au revoir à un lieu que j'affectionne, pour mon repos, mes errances, mes aventures.
En deux jours il a été ravagé par un girobroyeur traîné derrière un tracteur. En silence... Si ce n'est le bruit du moteur, mélangé aux craquements du bois des arbres qui cèdent sous le métal, à la plainte des feuilles sifflant dans l'air, dans leur mortelle chute avant l'automne... Une tornade, une guerre, sont les images qui me viennent aujourd'hui, un chaos de cadavres dans ce lieu encore foisonnant de vie, hier.

Demain, ce sera un camping...

C'est près du Lac. C'était une des dernières zones naturelles et sauvages à l'intérieur du périmètre de l'agglomération. Autour d'une clairière de sable, une forêt anarchique: ses grands arbres et ses arbrisseaux, et toute sa strate de buissons, de broussailles, de ronces et de fougères. On pouvait s'y perdre, un peu, même s'y griffer. Oublier la ville, devenue lointaine uniquement par quelques sons: une voiture sur la route voisine, un avion en approche de l'aéroport. On pouvait s'y allonger au soleil, nu sans déranger... Et parfois nourrir les moustiques !
On pouvait y observer une formidable collection de champignons, en toute saison. Rouges, oranges, violets, blancs. Des petits, des grands. Sur le sol, sur les troncs. Symbiosés aux mousses et aux lichens. On pouvait y cueillir des mûres, elles commençaient à être à point. Elle sont écrasées.
On pouvait y voir des dizaines de lézards, même si c'est commun. C'est plus rare, on pouvait se surprendre avec quelques couleuvres. Sursauter, puis attendre, tenter de suivre leur glissement silencieux, leur magies secrètes pour se soustraire à nos regards.
On pouvait y apercevoir, en étant discret, quelques lapins, quelques écureuils. Pour ceux-ci, d'autres techniques que les serpents, tout en voltige entre les branches et tournoiements autour des troncs, pour s'échapper, nous offrir ces brefs instants de vie, nous rappeler nos piètres facultés animales.
On m'a dit aussi que le soir, parfois, se promenait une famille de sangliers.
Il y avait aussi les oiseaux. Sautillant, volant, chantant. Merles, hérons, bergeronnettes, moineaux, passereaux...
Assis ou accroupi, toute la vie du sol. Rampant, creusant. Mulots, souris, musaraignes. Rats. Grenouilles, crapauds. Autour des taupinières, les fourmis, et toutes les bestioles étranges du monde grouillant des insectes, dont on ne connaîtra jamais les noms.

Qui va partir, qui va rester ? Qui va fuir, qui va résister ?

Il y avait aussi quelques spécimens de la faune de l'Humanité. Versant sauvage... Des marginaux. Des vilains. Des homosexuels, avoués, inavoués, quelques couples pas si normaux, venus consommer ou observer de la bestialité. Parfois des clandestins. Des gitans. Quelques prostitués. Des addictifs. Des égarés.

De la saleté... L'ignorée du patrimoine mondial... L'inutile à de la culture 2013...

Le pire... C'est que vous qui ne fréquentiez pas cet endroit, vous pourriez peut-être toujours le trouver beau... Du moins ne pas voir qu'il a été dévasté. Le pire... C'est que peut-être vous aimerez payer pour y camper...
Le pire... C'est que j'étais seul, face à la machine...

Des animaux chassés. Des plantes broyées. Des rencontres et des souvenirs comme pillés.

C'est de la Vie qu'on a fauché. l'Arbre saigne...

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