04 juillet 2008
Volte et Chaloir
Une attitude...
"Merci, c'était très intéressant !" me suis-je fendu dans un grand sourire en quittant l'IRTS et cette bonne-femme à qui j'aurais bien fait manger son (mon) dossier...
Avant de le raconter, cet entretien aura eu au moins l'effet bénéfique de me remémorer certains regards que l'on a déjà portés sur moi. Et d'alimenter un peu cette catégorie Mémoires de détails qui parsèment son résumé de départ...
Dardilly, dans la banlieue lyonnaise. 1997.
C'est ma première année de BTSA Aménagement du Paysage, en internat. Internat qui est plutôt une pension complète. Tous les repas se prennent au réfectoire du lycée, le bâtiment des chambres des BTS est aussi dans l'enceinte du lycée, mais sans aucune surveillance nocturne. Normal pour de jeunes adultes...
C'est un lycée agricole, et la section Paysage, à peine sortie de son appellation Jardins et Espaces Verts, attire surtout les garçons. Des garçons qui viennent surtout des sections techniques (CAP, BEP, BTA), aux loisirs bruts. Tout ce petit monde se retrouve dans notre bâtiment pour la première fois loin du cocon familial. Les majorités sont neuves de une à trois années. Bref... Dans ce bâtiment, tous les soirs, c'est la fête ! Toujours au moins une chambre où sautent les capsules de bière... Cette ambiance mériterait bien des détails, mais ce n'est pas aujourd'hui l'objet de mon souvenir.
Face à cette liberté nocturne apparentée au monde estudiantin, les journées de cours, dans un lycée, dispensés en partie par des profs de lycée, sont assommantes de scolarité. Contrôles des absences, interrogations écrites, orales, récitation immédiate exigée... Du moins pour les matières générales du tronc commun des BTS. Faisant partie de la poignée de ma promo issue du bac général, ayant traversé cette scolarité avec beaucoup de facilité, je retrouvai l'ennui de la première place (que je n'ai cédée qu'en première pour la deuxième, et en terminale pour une fluctuation dans le premier tiers). Cependant, je l'abordai un peu différemment, m'estimant cette fois en droit de n'apporter mon attention qu'aux savoirs qui m'étaient utiles. Cette attitude m'a valu une sérieuse altercation avec la prof d'anglais. Pris en flagrant délit de n'avoir pas fait un travail qui ne m'aurait rien apporté, elle s'est crue autorisée à me dire que j'avais un poil dans la main, et m'a harcelé de remarques désobligeantes durant les deux heures de cours. Peut-être avait-elle besoin, comme souvent, de compenser son propre poil en exposant à la promo, sans mon autorisation, des exemples pédagogiques piochés dans mes disserts (genre un "amazing and amazed" dont j'ai totalement oublié le contexte). J'avais tenu les deux heures, mais je suis allé lui dire le fond de ma pensée à la fin du cours, avec l'intensité induite par mes deux heures de rumination (bé oui, moi je ne voulais pas la rabaisser devant tout le monde...).
La seule nouveauté concernant les matières générales était les cours de communication. Je les abordai avec circonspection. J'avais (et j'ai toujours...) en horreur l'idée qu'il n'y a qu'une seule et bonne manière pour être entendu...
Un souvenir en entraînant d'autres, remontons au lycée du bac, en seconde trois ans plus tôt. Marie-Josèphe, prof de français sainte-nitouche, hypocrite et méprisante envers cette classe qui se destinait majoritairement à la section scientifique, avait bien du mal à nous faire apprécier ses jeux de mots d'un autre âge et son adoration de la culture classique décortiquée en commentaires immuables... La voilà qui m'interroge... "Je n'ai pas trouvé" lui dis-je... (comprenez: "je ne suis pas certain d'avoir le même sentiment que vous à la lecture de ce texte, cette construction pourrait très bien aussi révéler autrechose, mais je suis bien incapable de vous l'exposer succintement et clairement devant le groupe, surtout si vous attendez de moi que je serve de locomotive à votre discours. De plus, hier soir à la télé c'était le premier sidaction, j'ai bien d'autres choses en tête").
"Et bien cherchez !" m'ordonne-t-elle. Autant me dire que j'ai un poil dans la main... Je lui réponds: "C'est du français. Si je vous dis que je n'ai pas trouvé, c'est que j'ai déjà cherché". Et me voilà viré de cours pour la première et unique fois de ma vie: "Oh...! Quelle insolence !".
A cette époque, j'avais cédé au conformisme, à la comédie, d'aller présenter des excuses à la fin du cours, mentant honteusement...
Mais revenons au BTS et son sujet principal, les matières techniques et l'enseignement professionnel.
Là, ça m'intéressait. Je découvrais tout: cartographie, topographie, reconnaissance des végétaux, utilisation des végétaux, conception paysagère, dessin technique, réglementation territoriale, maçonnerie, réalisation de sols, gestion d'entreprise...
Les intervenants manquaient parfois de pédagogie, mais nous fournissait toujours des informations denses, des exemples concrets. Mais la densité des informations, pour un élève issu de section généraliste, était telle, qu'il était pour moi inconcevable d'en ingérer la totalité en une ou deux années. Je conservais donc mon attitude, sélectionnant les informations prioritaires, remettant d'autres acquisitions à plus tard, me projetant dans une pratique ultérieure et réelle. Mon projet était alors de devenir architecte-paysagiste (tout ce qui m'en a détourné depuis est au début de Mes Leçons de Paysage). Je m'autorisais donc aussi à sélectionner mon volume d'heures de cours. Il m'arrivait ainsi fréquemment de disparaître entre deux heures de théorie de mise en oeuvre de travaux (l'étude des polycopiés en solo me suffisait) et de zapper carrément les travaux pratiques. Je n'aurais pu que regarder ceux, majoritaires, qui avaient déjà effectué des travaux en entreprise, qui n'auraient pas laissé un empoté s'y essayer... Je regardais donc depuis la fenêtre de ma chambre, clope au bec, parfois un petit joint, la pose des clôtures ou de canalisations, les pavages, la plantation de végétaux ou la taille des massifs. Entre deux bouquins ou deux chansons...
Mon meilleur pote de promo, c'était Geoffroy. Lui provenait d'un parcours technique (BEPA, BTA), et se destinait à créer son entreprise de travaux paysagers. Ce sont donc les matières techniques qui lui semblaient une redite à la fois inefficace et insuffisante pour les novices. Quant aux matières générales, elles ne l'avaient jamais intéressé, cela n'allait pas changer. Pour des raisons à la fois semblables et différentes des miennes, il se trouvait dans une attitude proche. Cependant, lui n'aurait jamais osé zapper les cours (ni inventer les fadaises qui vont avec). En revanche, sa présence se limitait le plus souvent à fomenter de monumentales critiques, assaisonnées de son accent de Marseille.
Nous avions d'autres point communs. Aucun goût pour la compétition avec les autres, quelle qu'elle soit. Avec nous-mêmes, pourquoi pas... Dans cette promo de sauvages, un goût pour les loisirs simples, comme les discussions entre amis, plutôt que les loisirs bruts et les beuveries collectives. Quelques difficultés aussi à aimer notre être, chacun à sa manière. J'achevais la lente acceptation de mon homosexualité en franchisant le pas physique, lui terminait l'acceptation de ses rondeurs. Bref, une paire intéressante (je suis invité à son mariage au mois de septembre)... Et qui mériterait d'autres détails, mais je voulais parler ici de regards que l'on avait portés sur moi. Celui qui suit, on l'a aussi posé sur lui.
Le prof principal de la promo s'appelait Monsieur Montagneux. Il était responsable de toute la partie végétale de l'enseignement. Nous avions donc affaire à lui de nombreuses heures. Une sommité dans son domaine, ingénieur horticole reconnu, auteur de plusieurs bouquins.
Ce petit bonhomme grassouillet, rondouillard jusque dans la forme des lunettes, volontiers rigolard, au cheveu se faisant rare, avait pourtant l'air insignifiant. Sous mon regard masculin de jeune adulte étudiant, il était plutôt agaçant.
La pédagogie n'était pas vraiment son fort... Du moins au sens strict. Car son moteur, pour enseigner, était la passion. Jamais lassé de nous promener autour des différents massifs d'agrément du lycée, de détailler chaque plante. De reconnaître au volume, à la hauteur, à l'implantation des feuilles, au positionnement des nervures, à la fructification, à la couleur du feuillage ou de l'écorce, chacun des végétaux, des annuelles et vivaces aux ligneux, au cultivar près, nous en donnant en latin et en français les différentes successions d'appellations dans le temps, les différentes appellations régionales. Même en hiver, on pouvait lui apporter un bout de bois, il savait de quel arbre ou arbuste il s'agissait. Et de nous dire encore de quel terrain il avait besoin, de quelle humidité, de quelle exposition, sa vitesse de pousse, de quels parasites il pouvait être la cible, et de nous proposer aussi avec quoi l'associer, dans des combinaisons bien plus complexes et variées que celles que nous avions sous les yeux, pour des résultats esthétiques en toute saison.
A ces balades dans le lycée et son arboretum, il ajouté des milliers de diapositives prises par ses soins dans tous les plus beaux jardins du monde et de France, les commentant sans notes, avec la même précision. Il nous a distribué la trace écrite de son savoir (dont le rythme était le point faible pédagogique) sous la forme de centaines de photocopies de tableaux conçus par lui, regroupant et classant toutes les informations citées précédemment, agrémentées de dessins de sa main, recensant pas loin de 30 000 espèces végétales naturelles et horticoles. J'ai toujours ces documents.
Et c'est ce petit bonhomme là qui nous avait affublés de deux qualificatifs. Un bruit de couloir, rapporté d'une conversation entre lui et la prof d'arts plastiques, mais bruit tout à fait crédible... Il nous estimait donc nonchalants et désinvoltes.
Geoffroy s'était plutôt énervé, à la marseillaise, de ce commentaire, dans notre dos. Moi, de sa part, je l'avais pris un peu à la rigolade, et ça ne me semblait pas si éloigné de la vérité. Maintenant... Etait-ce une critique positive, négative, objective ? En tous cas cet avis ne mettait pas en cause une partie de notre avenir, n'entrait pas dans le champ de l'évaluation...
Aujourd'hui, avec onze années de plus et un parcours, j'ai vérifié le sens des mots dans le dictionnaire. Je trouve que cette remarque était assez juste, empreinte d'une sorte de complémentarité contradictoire. Et je sais par expérience que cette attitude laisse rarement indifférent: on aime... ou on déteste...
Si je remonte encore un peu plus loin dans le temps, ma prof de français des quatre années de collège, m'a toujours incité à prendre garde aux interprétations auxquelles pouvait donner lieu mon attitude et les avis souvent tranchés (ne correspondant pas vraiment à mes interrogations) de mes dissertations, selon des inclinations qu'on n'attendait pas forcément d'un très bon élève à l'air sage... (j'espère que je n'écris pas de bêtises, elle a internet maintenant...!)
Aujourd'hui, dans notre correspondance, je m'autorise à sélectionner certains de ses mots, parce qu'ils réconfortent: original, rigoureux, ouvert et vif.
A suivre, bientôt, dans Ma Vallée Quotidienne, ce qu'on a dit de moi à l'IRTS, la semaine dernière...
05 juillet 2008
Plus de Bile
Ma Maman s'est enfin faite opérée de son calcul biliaire, mercredi. Cinq trous pour sortir le caillou. Grosses douleurs au ventre maintenant, mais tout devrait rentrer dans l'ordre bientôt.
Vu que je n'ai pas eu de boulot, je regrette vraiment de ne pas être allé à Grenoble.
Eau, Air, Terre, Feu
Dimanche dernier, un pique-nique et une après-midi tranquille au bord du Lac de Sanguinet. La marche en forêt, puis les eaux tranquilles, le sable blanc, les pins sinueux, les roseaux et les bruyères. Un petit vent venu du large atténuait la chaleur, pour une atmosphère encore plus agréable.
Malgré ses accès piétons confidentiels, chaque année plus de bateaux sur le lac, et plus de monde sur notre plage, "Hawaï" pour les habitués en raison de son exposition plein sud et le paysage idyllique, Put Blanc dans la toponymie historique et locale. Tant mieux si les touristes cherchent la nature, mais si on est trop à le fréquenter, l'endroit perdra de son charme. Mais c'est encore supportable.
Nous ne nous sommes pas installés sur la grande plage, préférant une petite anse moins peuplée. Nous avons partagé le sable blanc avec deux familles et un couple, espacés chacun d'une vingtaine de mètres. Et une bergeronnette qui a fait plusieurs allées et venues, voletant, sautillant, picorant.
Pour nager, ici, il nous a fallu traverser la roselière du rivage, interrompant le chant de quelques grenouilles.
Le soir, retour à Bordeaux, pour une ambiance bien différente. C'était le dernier soir de la Fête du Vin, après quatre jours d'occupation des quais. Cette année, une fête du vin toute en publicité pour la candidature de Bordeaux 2013... Public très encadré par les stands, porte-monnaie sollicité, succession de publicités pour les partenaires institutionnels, et, quand-même, pour les régions viticoles. Plus un évènement commercial bourgeois qu'une fête. Ce dimanche soir, je n'ai pas trouvé le public très passionné.
Peut-être, comme nous, s'était-il surtout déplacé pour le clou de chaque soirée: un feu d'artifice tiré depuis les eaux de la Garonne. Le quatrième en quatre jours... Oui, une vraie pub pour Bordeaux 2013. Les trois autres nous ayant réveillés, on s'est dit que quand même ce serait dommage de tous les rater, c'est ce qui nous a décidé à y aller.
C'était beau. Le tonnerre des explosions, les couleurs qui éclatent dans le ciel, c'est toujours riche en émotions. Une majorité de tons rouges et rosés, en référence à la couleur du liquide fêté. D'ailleurs, quelques verres de vin posés par les spectateurs sur la barrière ajoutaient à l'esthétique. De l'originalité aussi, quelques fusées finissant leur course en petites lumières flottant sur l'eau, emportées par le fleuve. Et un final époustouflant, tout en blanc et doré.
Pourtant, le public avait l'air blasé. Peu d'applaudissements, et personne ne s'est attardé. Trop d'un coup ?
Et comme il y a toujours un envers du décors, ma contribution pour Bordeaux 2013...:

06 juillet 2008
Déclamé
Stephen King a des successeurs. Avec Peste, je découvre Chuck Palahniuk par la fin. Ce sera sans doute plus tard un milieu, et j'ai assez envie de lire un ou deux de ses romans précédents.
De la campagne profonde américaine, débile, à une époque indéfinissable, où sont décrites les moeurs étranges d'un jeune garçon, on le suit plus tard à la ville, comprenant alors que nous sommes dans un futur plutôt proche, et débile, comme l'Amérique est fort capable d'en produire. Les populations Diurnes et Nocturnes ont l'interdiction de se croiser, par exemple.
D'un début avec de nombreux airs de déjà vu, peut-être difficilement évitable dans un genre à la frontière Policier/Horreur/Science-Fiction, l'histoire se complexifie au fil des pages, crescendo jusqu'à la fin, touchant de nombreux champs.
La construction est intéressante, car on n'entre jamais dans la peau du personnage central. Il n'existe que par le regard des autres. En effet, il est raconté par une cinquantaine de "témoins" dont les brefs morceaux de discours s'entrecroisent, se coupent, se font écho ou se contredisent... (Imaginez que l'on ne conserve de votre blog que les commentaires extérieurs...).
On pourra trouver cela facile, car Palahniuk se dispense ainsi d'écrire une histoire cohérente, dont les rebondissement s'enchaîneraient de bout en bout. Il y a des trous, des scènes sans suite, c'est bancal. Mais pour moi, c'est un des intérêts majeurs de ce roman (le titre anglais original, Rant, est d'ailleurs bien meilleur). La littérature, après-tout, est elle aussi entrée dans le troisième millénaire. Il y a ainsi beaucoup de place laissée à la pensée du lecteur, son interprétation, son imagination comme sa propre logique. C'est d'ailleurs truffé de métaphores.
Le style est aussi un peu "toutes poutres apparentes": je dois me vendre, le lecteur doit tourner mes pages (c'est d'ailleurs un vendeur de voiture qui ouvre le roman, ce n'est pas sans ironie calculée). Ainsi, des passages un peu surfaits de citations et de justifications scientifiques viennent saupoudrer l'ensemble, histoire d'ajouter du crédit (et du méli-mélo) à l'histoire.
Prenant sans être captivant. Intéressant sous de nombreux angles. A condition d'aimer le genre d'aborder l'humain sous ses aspects les plus dérangeants. Pour moi cela permet toujours l'interrogation individuelle et la critique sociale, et là c'est assez réussi.
07 juillet 2008
Explications...
Jeudi 26 juin. 15h58.
Je remonte, pour la troisième fois cette année, le long couloir en arc de cercle qui mène au service admissions de l'IRTS Aquitaine, à Talence. Des bureaux exigus coincés au bout du bâtiment, comme une antre des secrets. Je suis d'ailleurs convoqué par un personnage au prénom et au nom allemand qui ne m'a pas permis de déterminer son sexe, son titre ou sa fonction n'étaient pas non plus indiqués.
En passant devant les salles de cours, des odeurs me ramènent au temps de l'école, du lycée. Je dois avouer que j'ai un peu de mal à m'imaginer me rasseoir derrière une table de classe...
Je passe devant les dernières toilettes avant les bureaux. A peine les ai-je dépassées de quelques pas qu'une femme en sort précipitamment. Ses talons martèlent le sol, résonnant dans les couloirs vides d'une fin d'année, à quelques mètres derrière moi. Je me retourne. Une grande et plantureuse femme blonde aux cheveux courts en robe et chaussures d'été. Jamais vue... Je regarde de nouveau devant moi, mais... Elle n'aurait pas, par hasard, un rendez-vous à 16 heures, celle-là ?
Je frappe à la porte de l'accueil. "Bonjour. Olivier Keller. Je...-" "Oui, vous avez rendez-vous, je préviens, attendez dans l'entrée" m'interrompt la secrétaire. Je ressors m'asseoir sur une chaise, la même sur laquelle j'avais patienté entre les entretiens du concours. J'attends un peu, le temps de quelques éclats de voix féminins derrière les portes pour savoir où sont les dossiers. Puis, bingo, c'est la femme des toilettes qui vient me chercher: "Bonjour. Son nom allemand. C'est avec moi que vous avez rendez-vous. Suivez-moi". Puis finalement elle s'efface pour me laisser entrer dans le bureau. Après avoir attendu 3 mois les résultats du concours, puis un mois à nouveau pour obtenir les notes et les explications de ma non-sélection, que l'on va me donner maintenant, l'entretien peut commencer.
-"Bien. Donc vous vouliez connaître vos résultats (pardi!), les raisons de votre échec. Il y en a même qui les veulent quand ils ont réussi..." (Tu cherches à savoir si je suis un cas ?)
-"Oui, je les aurai demandé aussi."
-"Bien. Mais...Avez-vous été surpris de ces résultats ? Parce que certaines personnes arrivent avec le sentiment adéquat d'avoir raté... Avez-vous été surpris ? (Tu veux me faire dire d'entrée que j'ai raté par ma très grande faute ?)
-"Surpris... Surpris... Non, je n'ai pas été vraiment surpris. J'ai plutôt été déçu."
-"Ah, vous avez été surpris. (oh ! déçu !). Vous pensiez, vraiment, avoir réussi ? (Vous êtes nul, reconnaissez-le...)
-"Ecoutez, je suis une personne qui doute beaucoup. Disons que j'estime avoir fait une prestation moyenne, mais je la pensais suffisante."
"Ah... ce n'est pas du tout ce que disent les notes que j'ai sous les yeux, là..." en ouvrant théâtralement son (mon) dossier. Alors, comment procède-t-on ? Je vous donne les notes et vous vous fâchez, ou je vous les explique d'abord (les ordres implicites continuent... Vas-y, explique. Avec "fâcher", tu veux désamorcer ma colère ou la provoquer ?)
-"Ben... Je veux bien les explications, c'est pour ça que je se suis venu."
-"Alors... Voyons..." (elle traîne exprès)
-"Sinon je me fâche..."
Je l'ai dit en souriant, voulant montrer la connaissance de mes petits travers, ma tolérance à l'humain, la compréhension des sentiments qui pimentent les relations humaines... Mais elle me regarde avec un air satisfait: T'as un vrai problème, garçon. Tu es là pour demander donc tu écoutes sans interrompre, surtout si tu me signifies à quel point tu peux être vilain. Je vais te mater, moi.
Et là voilà qui se lance dans tout un baratinage, comme si j'étais un parfait débile, du contexte de concours et de sélection, que les examinateurs ne sont pas des monstres, qu'un maximum d'objectivité est observé sans pouvoir ôter la subjectivité, bla, bla, bla... Tout ce que je pensais avoir glissé dans ma petite phrase souriante...
J'aurais bien aimé pouvoir retranscrire l'intégralité du dialogue de quarante minutes, son verbiage manipulateur et ses questions-pièges, et moi n'arrivant que rarement à sortir de son petit jeu, sauf sur la fin, mais là elle m'a alors incité par les mêmes stratagèmes à mettre fin à l'entretien. Mais ma mémoire n'est pas assez fidèle, donc ce sera un résumé des reproches que l'on a fait à ma candidature, et mes réflexions. En préambule, j'attendais qu'on relève la connaissance que j'ai de moi et la capacité que j'ai à utiliser intelligemment mes "défauts", plutôt que de me les jeter à la figure, les enfermer dans "l'inadaptation" et m'inciter à les corriger.
Vous êtes trop émotif. Votre discours est incohérent.
Euh... Comment dire...
Vous ici qui me lisez, certains peuvent sans doute très bien l'imaginer mais vous ne voyez pas le temps que je prends pour choisir mes mots. A l'oral, sur un entretien de 20 minutes, cela peut bien me prendre un quart du temps. Et aboutir quand même à une sorte de plantage un peu vague si LE bon mot ne me vient pas. Trait de caractère accentué en situation d'examen.
Cependant, il nous était demandé de joindre au dossier de candidature une lettre de motivation et un CV, ce qui m'avait paru bien. L'Allemande Estivale m'a d'ailleurs dit qu'à l'écrit, mon souhait et mon projet était très clair. Alors pourquoi ne pas y accorder la même importance qu'à ma prestation orale, même, mieux, s'en servir comme d'un éclairage à cette prestation, comme base des entretiens ? Mais non, les examinateurs déroulent une série de questions-pièges et de grilles, auxquelles il faut savoir répondre par des mécanismes robotiques de récitation. Total Scolaire. Pour de la formation professionnelle...
Il leur semble aussi avoir des difficultés à imaginer qu'un individu n'a pas le même comportement dans des contextes différents. En situation d'éduc, je suis boosté par la nécessité des responsabilités de ma fonction pour accélérer la rapidité de mes réponses et de mes actes. Une excellente adéquation entre le poste et moi-même, quoi... Mais non: un éduc doit être égal en toute circonstance, capable de jouer la même comédie. "On ne vous demande pas de supprimer vos émotions, mais d'apprendre à les cacher" (Bé là, tu le vois que tu m'énerves, ou pas ?) J'ai acquiescé avec humilité de mon émotivité, avec à l'esprit, toujours, de montrer la connaissance de mes faiblesses avec toute ma nonchalance et ma désinvolture... Lui disant aussi que si on était apte à être éducateur spécialisé avant de suivre une formation, à quoi bon une formation ? Elle a pris ça d'autorité pour un acquiescement total à son discours, ne me laissant pas le temps de développer ma réponse, passant au sujet suivant.
Vous êtes plus identifié au public qu'à l'éducateur.
Vous êtes dans une situation précaire, n'imaginez pas être éducateur avant d'avoir résolu cette situation.
Euh... Suivre cette formation ne pourrait pas m'y aider ?
Mais elle enchaîne, arguant qu'être passé par une situation difficile, comme je l'ai exposé lors des entretiens du concours comme une part de ma motivation, est une mauvaise motivation. Cela ne rend pas apte à y apporter des solutions. Elle me compare aux personnes qui souhaitent devenir éducateurs parce qu'ils ont un frère ou une soeur handicapés (qu' apparemment ils rejettent systématiquement). Un éducateur doit se positionner clairement du côté éducatif, n'avoir jamais connu la difficulté est un atout pour corriger sans étâts d'âme les inadaptés.
Là, je ne suis pas du tout d'accord. Il est vrai que lors de mes exposés (20 minutes seulement pour chaque examinateur...) j'ai pas mal insisté dans la compréhension que j'accordais au public. Mais je n'ai peut-être pas assez développé que cette compréhension n'empêchait en rien l'objectif de leur faire acquérir des savoirs et des attitudes plus adaptées. Cette compréhension est juste un atout supplémentaire pour aider à trouver les solutions aux situations individuelles. Il est vrai aussi qu'en ayant affaire à des adultes, on peut mesurer toute le caractère intransformable de certains traits du handicap, et qu'il faut donc, pour eux, travailler aussi à un minimum d'acceptation par l'entourage et la société. Pour des enfants, ou des adolescents, le travail éducatif peut être plus centré sur leurs progrès personnels. Bref, encore une fois, aucun intérêt pour mon parcours, rien que de la théorie normalisante applicable à tous.
Pendant que tout ça tournait dans ma tête, je lui ai juste répondu que cette part de motivation remontait à 2004, et que depuis je cumulais deux ans d'expérience et que la majorité de mes collègues et employeurs n'avaient rien à redire à mon positionnement, bien au contraire, et que je pouvais mesurer une certaine efficacité.
Aïe ! Grief suivant...
Vous n'êtes pas avide de connaissance.
Là, cela m'a laissé sans voix quelques secondes... Mon attitude, bien-sûr... Et une avidité de connaissance telle qu'elle peut parfois me donner des airs de je-sais-tout...
Et il est vrai que, durant l'entretien de motivation, je n'ai pas fait étalage d'une envie à suivre cette formation, plutôt une vérification de mes pratiques, et d'un besoin de cette formation, pour l'emploi. Motivation à travailler plutôt que de retourner à l'école... Je n'ai peut-être pas assez insisté sur ce besoin pour aborder d'autres publics que celui que je connais, même si je suis certain de l'avoir abordé.
Et enfin...
Vous sous-estimez la difficulté du métier.
Cela n'a pas plu du tout que j'ose parler d'une certaine efficacité. M'enfin, j'ai deux ans d'expérience, dans six structures différentes... Il est vrai qu'on est souvent confronté à l'échec du travail éducatif à proprement parler. Mais, justement, c'est là qu'intervient mon approche personnelle du métier, empreinte de compréhension, où éduquer devient accompagner. Cette approche qui est la clé des compliments de mes collègues comme de la recherche de ma compagnie par les publics à qui j'ai affaire. Qui correspond à l'évolution des structures à destination des personnes inadaptées.
Et pour laquelle l'IRTS n'est visiblement pas prêt. Attaché à une théorie parfois très éloignée des pratiques professionnelles, comme certains collègues, et ma conseillère ANPE, me l'avaient signalé. Mais suivre une formation à Bergerac ou à Bayonne, qui semblent avoir une image plus moderne, plus ouverte, plus ancrée dans les réalités humaines de la profession, ça renchérit pas mal le coût...
Je lui ai aussi fait part du caractère subjectif de la notion de facilité: reprendre un emploi de bureau pour faire des études jamais appliquées, ou être caissier, voilà qui serait particulièrement difficile pour moi...
En tous cas, une fois l'énervement et un peu de démotivation atténués (et pas mal grâce à ce message !), ce concours, son résultat et les explications étaient intéressants.
Et il y a autre chose aussi dans ma candidature. Des erreurs de précipitation de ma part. Je m'étais inscrit en "Voie Directe", n'ayant aucun contrat de travail, et pensant que la réussite du concours serait un plus dans la recherche du contrat de professionnalisation. Certes, l'IRTS m'a fort mal renseigné à ce sujet, me disant que l'on pouvait changer cette inscription jusqu'en juillet, alors qu'il fallait le faire avant les oraux. De plus, l'apprentissage n'apparaît même pas dans le formulaire de demande d'inscription, il n'apparaît que dans la fiche de candidature que l'on reçoit ensuite.
Mais en creusant un peu le sujet, j'aurais pu savoir que l'admission pour les contrats de professionnalisation se faisait différemment. Avec la certitude attestée par écrit d'avoir un employeur, et ensuite un peu plus au cas par cas, en tenant plus compte du parcours professionnel que pour des personnes qui sont censées ne jamais avoir travaillé.
D'ailleurs, l'Allemande Estivale, elle me l'a dit, à la fin de son cassage (était-ce donc du lard ou du cochon? L'aurais-je convaincu de l'incongruité du résultat?): si vous avez un contrat en septembre, contactez le service formation, ils vous expliqueront comment cela se passe pour l'apprentissage et les allègements de formation. Ou alors elle voulait juste me faire terminer l'entretien ?
En tous cas, si je trouve enfin un contrat (je m'y remets demain, après réception ces jours-ci de première vague négative ou non réponse à des missions d'interim), je saurai à quoi m'attendre avec les admissions de l'IRTS.
Bordeaux 2013
Ayé... le petit mot du maire et un autocollant, distribués avec la pub pour Auchan...
C'est magnifique, un an de tralala bourgeois ! Et de poubelles qui débordent !
Flou total...
Et le Zénith... L'aura ? L'aura pas ? Si c'est pour du rayonnement international, bien-sûr, si c'est pour les bordelais, ben on verra...
Un festival annuel, qui mette à l'honneur les cultures locales bordelaises, ce serait bien mieux, selon moi.
Des billes dans le jeu de Juppé, voilà ce que vous êtes, les bordelais...
12 juillet 2008
Orange...
Flashback sur les quelques jours écoulés.
La semaine dernière, rendez-vous avec Océane pour une après-midi shopping à Carrefour Lormont. Longue étape chez Orange, Océane change d'opérateur (car le sien, SFR, ne passe pas chez elle). La vendeuse nous a pris pour un couple, ça nous a fait marrer ! On espère que le vendeur de Célio, une beau brun doux-ténébreux, n'a pas eu, lui, cette idée ! J'ai acheté un pantalon, et nous avons eu le loisir de le mater plusieurs minutes à la caisse, ma carte bleue s'étant montrée particulièrement récalcitrante, pour notre plus grand plaisir... Trop beau, le gars, nous sommes nous exclamés de concert en sortant de la boutique.
Nous avons ensuite bu un verre, l'occasion de papoter du foyer où l'encadrement se fait de plus en plus en dépit du bon sens: alors qu'on exige des équipes de plus en plus de sécurité pour les résidents (limitant les sorties par exemple) on n'hésite pas à diminuer de moitié le personnel éducatif présent en weekend, et à ajouter un poste d'encadrement administratif aux horaires de bureau (genre le poste de Super Ranchero, limite emploi fictif...).
Nous nous sommes aussi lâchés sur l'IRTS... Océane s'est plutôt fait sacquée sur les premiers modules de sa V.A.E. On est tombé d'accord sur la rigidité de leur savoir, l'éloignement des réalités professionnelles, et l'absence de remise en question dont ils font preuve en permanence. Tombés d'accord aussi sur leurs méthodes manipulatrices lors des examens, cherchant toujours à faire ressortir les défauts des gens. Il faut dire qu'Océane est une douce furieuse, du genre à avoir un peu bousculé les affaires sur le bureau de ses supérieurs, dans le passé... Jugement sans appel, de sa part, sur mes résultats: "Putain mais les connards ! Adaptation, moi j'ai halluciné pendant un an de voir comment tu t'es super comporté avec les résidents, alors que tu découvrais le public. Et la motivation, putain, les kilomètres que t'as fait pour aller bosser à Gujan... C'est vraiment des connards !"
Bien dit, Océane ! Et ça fait plaisir, même si j'ai pris un peu plus de recul...
Pour terminer l'après-midi, je lui ai fait découvrir, juste à côté en voiture, le Parc Nature de l'Ermitage de Lormont, son cadre de verdure sauvage et son point de vue sur Bordeaux. Nous avons profité du panorama le temps d'une dernière cigarette avant de nous quitter, et Océane m'a demandé qu'on y revienne s'y balader...
Mercredi, c'est avec Grande Fille que j'avais rendez-vous. Nous avons profité de ce rare jour de grand beau temps pour aller pique-niquer à la plage. Grande Fille est une inconditionnelle de l'océan, s'étant contentée de petits lacs enfant, mais je lui ai fait découvrir notre "Hawaï" de Sanguinet. Elle était ravie, conquise par le charme du lieu. Nous avons passé l'après-midi entre bains d'eau et de soleil, papotant avec notre habituelle confiance.
Pour elle, les résultats de l'IRTS ne sont pas surprenants. Elle trouve même que ce qu'ils me disent est plutôt vrai, sans en avoir la vision négative qu'ils en ont... Grande Fille, elle, a passé quatre années d'affilée les concours d'admission, dans différents centres, avant d'être enfin admise. Et chaque fois qu'elle s'est faite recalée, c'est parce qu'elle était trop émotive, plus identifiée au public, etc, etc...
Nous avons aussi bien sûr papoté du foyer. C'est vraiment plus du tout la même ambiance que lorsque j'y étais... mais j'adorerais pouvoir tenir tête à ses côtés à une directrice tyrannique et paranoïaque, secondée par un pitoyable et infect Super Ranchero...
Mais nous nous sommes surtout laissés aller à goûter la douceur des instants partagés, du calme environnant, et beaucoup de conversations sur un versant plus intime. Seb nous a fait la surprise de nous rejoindre en fin d'après-midi, apportant avec lui le pique-nique du soir. Belle, belle journée. Même si j'ai pris un gros coup de soleil sur tout le corps, je ressemble à un homard !
Le lendemain, j'avais rendez-vous à l'ANPE. Du moins le croyais-je ! Car j'étais en avance d'un jour ! Ah bravo (plus identifié au public, m'aurait-on dit ??!!) et tout rouge de soleil, en plus...
Ma conseillère m'a reçu quand-même, et sans aucune remarque. Vraiment, pour une fois, j'ai affaire à quelqu'un de compétent. Nous nous sommes vraiment concentrés sur mon parcours, les actions à accentuer, de véritables conseils (qu'il m'appartient ensuite de mettre en application).
Elle a un peu ri jaune des résultats de l'IRTS, et m'a conseillé de laisser tomber cette institution. Bergerac, m'assure-t-elle, m'offrira une formation bien plus adaptée à ma personnalité, bien plus ancrée dans les réalités humaines de la profession. D'après elle, ils seraient même du genre à m'aider à trouver un contrat de professionnalisation. J'ai bien enregistré, et je les contacte dès la réouverture en septembre.
C'est d'ailleurs en septembre qu'il faudra que je sois prêt à tout donner pour la recherche de ce contrat, il faut que j'utilise l'été à peaufiner ma sélection d'établissements, les connaissances à relancer et les modèles de lettre à peaufiner. Ce qui ne me dispense pas de chercher jusque là des missions d'intérim, nous avons sélectionnés ensemble 4 offres où mes candidatures pourraient éventuellement aboutir. Elles sont parties...
Je profite donc de ce grand weekend, comme d'une pause à un carrefour...
15 juillet 2008
Pause
Avec Chaos Calme de Sandro Veronesi, je découvre encore un nouvel auteur, par la fin. Adapté récemment à l'écran.
Un acte héroïque qui se produit en même temps qu'un drame personnel dont il est absent, et Pietro se retire momentanément du monde, dans l'observation presque tranquille, presque immobile, du quartier où il stationne, devant l'école de sa fille. Ses proches et ses connaissances viennent lui rendre visite ici.
L'auteur crée en permanence de petits rebondissements et de petites surprises qui nous entraînent au fil des pages. Des personnages pas tout à fait banals, mais pas extraordinaires. Des situations originales, mais pas excentriques. Une succession de petites scènes et de réflexions ancrées dans l'humanité.
De l'intime et du général, du quotidien et du destin. De l'enfance et de la maturité. De la violence et de la paix, de l'ingénu et du salace. Du vif et du réfléchi, du réel et de l'imaginaire. Du dit et du non-dit.
Tout ce qui se passe à l'intérieur des os du crâne, de petites tempêtes invisibles en douces rêveries impalpables... La mascarade et la solitude de chacun.
L'ensemble est léger, on sourit souvent, sans exclure les émotions. On est loin de l'autodérision parfois cynique qui prolifère à notre époque.
Peut-être pas aussi grandiose que l'estiment certains critiques, et peut-être un peu trop long. Mais très agréable, une jolie tranche de vie, au titre bien choisi. En bonus: des petites touches d'Italie.
17 juillet 2008
Douce France (1/4)
Long weekend de fête nationale, les jours du peuple, le souvenir festif de la Révolution. J'ai eu envie d'une escapade dans les vestiges du temps, qui ont gardé la vie dans la chatoyante France rurale d'aujourd'hui.
Dimanche, j'ai eu un peu de mal à décider Sébastien, peu aidé par une météo assez incertaine. Mais j'ai insisté... Je sais combien il m'est reconnaissant, chaque fois, de donner vie à ces voyages à deux sur mes itinéraires bricolés. Seule idée précise avant notre départ: visiter le Château de Bonaguil, et des esquisses d'un repas dans un petit restaurant, d'un feu d'artifice dans un petit village...
Nous déjeunons rapidement, puis chargeons la tente, quelques vivres, mon guide de la route et mon Guide Vert dans la 1007, et nous décollons vers 14h30, lui au volant, moi étudiant la carte pour décider du parcours dans la multitude offerte par le réseau routier.
Nous quittons Bordeaux par l'A62, pour fuir rapidement la ville. Nous en sortons à Marmande, pour aussitôt plonger dans le calme de la campagne du Lot-et-Garonne. Les routes se font chemin le long du Canal de Garonne. Nous enjambons de petits ponts sur la voie d'eau bordée de platanes, une paix fraîche nous enivre au fil des petits villages et de leurs haltes nautiques. Fourques, Caumont, le Mas d'Agenais nous emmènent jusqu'à Tonneins, où nous franchissons la Garonne. Nous y reprenons de plus grands axes, passant le Lot à Clairac - nous sommes bien en Lot-et-Garonne !
La route est un peu moins agréable ensuite, de déviations en zones commerciales, malgré les échappées sur le paysage agricole. Nous avons du mal à respecter les limitations de vitesse, le régulateur est sollicité, en passant au large de Sainte-Livrade-sur-Lot et en abordant Villeneuve-sur-Lot. Là, nous frôlons le centre-ville. Un feu rouge nous permet de détailler quelques instants la Porte de Pujols et de distinguer le haut clocher de briques rouges de l'église Sainte-Catherine.
Puis nous filons vers Fumel. La curieuse église Notre-Dame-de-Peyragude, sur la hauteur qu'occupe Penne d'Agenais, attire notre regard et nous incite à notre première pause, le temps d'une photo. Nous y monterons sûrement un jour...
L'heure tournant quand même, nous ne nous attardons pas, et évitons Fumel par le paysage standard des enseignes commerciales périurbaines. Le charme réapparaît à Condat, où nous prenons de petites routes serpentant dans les collines boisées, à la frontière du Lot-et-Garonne et du Lot.
Et vers 17 heures, au détour d'un virage, sous la lumière dorée de la fin d'après-midi, apparaît l'imposante masse de pierres du Château de Bonaguil, dominant le petit village à ses pieds, dans son nid de verdure forestière. La rencontre est saisissante. La beauté pittoresque du lieu nous catapulte dans l'Histoire comme dans les souvenirs d'enfance. Rien que pour cette vue, s'il n'y avait qu'elle, je referais le voyage !
Nous nous garons au pied de l'ensemble et gravissons la butte, par la ruelle s'élevant entre les commerces des artisans. A mesure, les murailles de pierre se font plus impressionnantes. Approchant de l'entrée, d'autres étages et niveaux apparaissent en découvrant les fossés. Sous ses airs farouches de citadelle imprenable, le château attise la curiosité et nous invite, finalement, à entrer.
Nous nous acquittons des six euros chacun, puis franchissons la porte de bois massive de la barbacane. La stupeur émerveillée gagne encore en intensité devant les tours rondes et massives, le fin donjon en forme de proue, les ponts hardis sur les fossés, la porte monumentale sous les créneaux, que nous ne franchissons pas encore... Un quart d'heure nous sépare du départ de la dernière visite guidée du jour, le temps de nous habituer à la majestueuse puissance bâtie dans les siècles et dans la pierre.
Puis la visite commence, avec un jeune et charmant guide, intarissable de détails sur l'Histoire de France et sur le monument. Bonaguil est "le" dernier château fort bâti en France, aux 15è et 16è siècle, à une époque où le style Renaissance se répand déjà, et dans une région pacifiée, où l'on ne craint plus de guerre contre les Anglais. On doit cette particularité à Béranger de Roquefeuille, ardent défenseur des valeurs nobiliaires ancestrales contre les nouvelles fortunes qui achètent leur noblesse. Il a bâti cette forteresse comme un symbole de la supériorité des lignées de noblesse l'ayant acquise par l'épée, par l'impôt du sang, disait-il, contre l'impôt fiscal dû par les autres classes.
Plus tard, au 18é siècle, Marguerite de Fumel fait l'acquisition du château. Elle en améliorera le confort, l'habitabilité et l'agrément.
Racheté en 1860 par la mairie de Fumel, la lente restauration n'a débuté que dans les années 1970.
Bonaguil est ainsi un joyau architectural. Jamais attaqué, il ne porte que la ruine du temps et de la Révolution, où il a été découronné de ses toitures, à la fois pour détruire les girouettes, symbole de la noblesse, et pour alimenter en bois les armées révolutionnaires contre celles des monarchies d'Europe.
Il présente notamment un exceptionnel ensemble de fortifications défensives, basé sur les systèmes d'enceintes, aux murs épais de 4 mètres, et de fossés, issus des techniques du Moyen-Âge, auxquels ont été intégrés les évolutions dues à l'apparition de l'artillerie: casemates, canonnières, et autres chicanes qui préfigurent l'architecture militaire de Vauban.
Le château de Bonaguil possédait aussi un système d'égoûts et de distribution d'eau, mieux que Versailles, des jardins dont il ne subsiste aujourd'hui que la terrasse qui les a portés, et des pièces utilitaires à la pointe du confort et des techniques de l'époque, tel le fournil, avec son four pour le pain et un autre pour les pâtisseries (désignant les pâtés, à l'époque), et entouré de pièces d'habitation ou de commodité comme les latrines, qui bénéficiaient ainsi de la chaleur fournie par la boulangerie.
Notre guide distille ces informations alors que nous explorons d'abord la partie la plus ruinée du château, selon un circuit faisant le tour des enceintes et des fossés, passant par la petit grotte naturelle présente sous l'édifice, jusqu'à la terrasse puis la cour d'honneur. Des vues sans cesse renouvelées sur les pierres, les pans de murs, des cheminées comme suspendues, le tout dominé par les 35 mètres de la grosse tour ronde et la silhouette effilée du donjon, du haut duquel des vues plongeantes sur le château et la petite église Saint-Michel qui le jouxte clôtureront la visite. L'imagination vagabonde...
Si ces vues magistrales sur l'ensemble ou des parties des ruines est l'attrait principal de Bonaguil, des intérieurs sont aussi visibles au cours de la visite. Il s'agit de casemates et de souterrains dans la partie des enceintes, et de pièces remises en état, parfois redécorées dans le dernier style d'habitation du château (salle à manger, chambre et oratoire dans et autour de la tour ronde, sans affectation encore dans le donjon). On peut alors admirer tout le détail de l'assemblage des pierres et leur nombre impressionnant pour édifier tous ces murs, comme la hardiesse et la minutie des voûtes, les imposants plafonds de bois. Dans la tour ronde, des graffitis de la main des propriétaires ou de leurs visiteurs témoignent aussi de l'histoire de la forteresse.
Tout au long de la visite, la position dominante de Bonaguil offre aussi des vues, cadrées par les ruines ou plus dégagées, sur les vallons environnants, leurs forêts, leurs champs, de jolies bâtisses isolées et le petit village massé au pied du château.
Nous avons quittés la forteresse parmi les derniers visiteurs, vers 19h30. Nous avons rejoint la 1007 garée en bas du village retrouvant peu à peu sa tranquillité après l'afflux des touristes.
Un dernier regard à Bonaguil, et nous repartons sur la petite route des collines, sinuant entre bois, champs et hameaux, vers le décor de notre soirée, quelques kilomètres au Nord, dans la vallée de la Lémance...
18 juillet 2008
Douce France (2/4)
La technologie numérique s'est faite oubliée pour la soirée. Images en mots, donc, et des photos du lendemain matin.
Nous sortons des collines et rejoignons la vallée à Sauveterre-la-Lémance. C'est ici que j'avais pensé faire un petit dîner au restaurant, mais le village n'est pas aussi charmant que je l'espérais. Traversé par une grande départementale et la voie ferrée, c'est un village-rue assez banal, où s'est groupé un petit bourg sur la rive gauche. La Lémance n'est perceptible que depuis un petit pont, près duquel le seul restaurant, sur l'eau, est fermé. Les ruines du château qui domine, l'église massive et une halle révèlent toutefois leur charme alors que notre regard se fait plus attentif.
Mais le village est désert. Seuls quelques clients dans les deux bars, et l'artificier qui installe les lanceurs de fusées, nous rassurant sur le tir d'un feu d'artifice. Nous ne croisons qu'un chat, avide de caresses en ronronnant dans nos jambes.
Nous abandonnons l'idée de manger ici, et reprenons la route à la recherche d'un coin tranquille où poser notre tente. Nous bifurquons devant une immense carrière et sa fabrique de chaux, qui fait entendre le ronron mécanique de son fonctionnement, bien qu'aucun humain ne soit visible pour l'actionner. Cette usine tournera toute la nuit.
Nous la laissons derrière nous, le chemin gravillonné que nous suivons s'élève à flanc de coteau, nous ramenant au dessus du village et dévoilant de jolies vues sur les ruines de la forteresse.
Au détour d'un virage, nous tombons nez à nez avec un chevreuil. La surprise nous fige un instant, lui et nous, le temps d'un regard, avant qu'il bondisse et disparaisse dans les bois. Nous sommes sur le bon chemin pour la nuit... D'ailleurs, le chemin n'est plus revêtu, envahi d'herbes, nous progressons au pas. Il longe des prés récemment fauchés, et se termine dans un qui ne l'est pas. Nous apercevons une nouvelle fois le chevreuil (ou un autre ?), plus loin, et qui disparaît de nouveau dans les bois. Nous le verrons une dernière fois traverser le champ, un peu plus tard.
Nous nous arrêtons ici, près d'un petit muret de pierres, sous les chênes à la lisière du champ. Plusieurs replats peuvent nous permettre de monter la tente, nous le ferons plus tard. Nous explorons les alentours immédiats à pied, respirant le calme des champs vallonnés, encerclés de bois, ponctués des meules de foin. Les cliquetis assourdis, lointains, de l'usine de chaux, seul bruit "humain" alentour, soulignent l'ambiance et l'impression d'être seuls au monde. Des traces au sol nous révèlent la présence de sangliers. Des lapins montrent leurs oreilles ou leurs derrières dans les hautes herbes. Un vol de corbeau traverse le ciel où la lumière décline.
Une averse nous surprend, nous nous réfugions dans la voiture, mais cela ne dure que quelques minutes. Nous attaquons notre pique-nique, que nous avions pris au cas où.
Il est bientôt 22 heures, et nous nous demandons si nous verrons le feu d'artifice depuis notre petit sommet. Nous n'avons pas envie de reprendre la voiture. Je remarque alors un sentier qui descend le long du coteau. Il semble prendre la direction du village, et d'ailleurs, où pourrait-il aller ?
Nous voilà donc partis sur cette trace dans le sous-bois humide. Les branchages et les herbes nous éclaboussent de gouttelettes à notre passage. Nous nous imaginons dans des temps anciens, quittant notre ferme ou notre château des hauteurs pour une expédition nocturne au village...
A mi-parcours, surplombant les premières maisons, nous avons quelques doutes, nous demandant si la pente du sentier sera suffisante pour descendre jusqu'au bourg. Nous poursuivons, et après une quinzaine de minutes de marche, ce sentier nous mène bien au centre de Sauveterre, à quelques centaines de mètres de la place principale.
Sortant ainsi du bois, nous effrayons un peu la première habitante que nous croisons, qui reserre son emprise sur la laisse de son chien. Nous nous saluons, et nous poursuivons gaiment vers la place, tandis qu'elle fait demi-tour.
Sous les platanes et dans le village, tout est toujours aussi désert. Nous sommes de plus en plus perplexes, nous ne trouvons même pas une affichette annonçant l'heure du feu d'artifice (qui aura lieu, nous en sommes sûrs, puisque nous avons vu l'artificier). Nous décidons de patienter en nous baladant, le public va bien finir par arriver, ce n'est quand même pas tous les jours les 13 et 14 juillet...
C'est alors qu'au bout de la place s'ouvre un rectangle de lumière... Une porte, qui nous révèle aussi des silhouettes. Et, en tendant l'oreille, des notes de musique. La fête est bien là, mais discrète !
Nous nous approchons de la salle polyvalente, bâtiment sans charme que nous n'avions pas remarqué. Sur le côté qui était jusqu'alors invisible à notre regard, de grandes portes sont grandes ouvertes... sur un repas dansant. Voilà donc où sont tous les habitants de Sauveterre ! Deux-cents à trois-cents personnes sont attablées autour de longues tables, dînant joyeusement. Une vingtaine d'entre elles dansent au son populaire que jouent deux accordéonistes. Une vraie fête de village ! Et qui nous intimide... Dans la salle, pas de place pour les personnes ne participant pas au repas...
Nous nous baladons alors un peu alentour, visitant la gare: un simple abri, les billets s'achètent auprès des contrôleurs. Six arrêts de train par jour: trois pour Agen, et trois pour Périgueux.
D'autres touristes, des anglais, des bordelais, sont venus voir le feu d'artifice et s'approchent comme nous de la salle polyvalente. Aux bribes de conversations volées, nous apprenons qu'il ne sera pas tiré avant une heure... Avec Seb, nous hésitons encore de longues minutes à pénétrer dans la fête. Mais aidé par la perspective d'une heure d'attente et la fraîcheur nocturne tombant sur nos épaules, je me décide à rejoindre le petit bar installé au fond de la salle. Personne ne nous regarde de travers, on nous sert nos deux demis de bière avec le sourire. Et nous nous accoudons là, nous imprégnant par le regard de l'ambiance villageoise. L'atmosphère est bon enfant, tout le monde est joyeux. Les accordéonistes sont dynamiques, enchaînant les airs traditionnels. On se congratule en souriant sur ses prestations dansantes en rejoignant sa place à table. La moyenne d'âge doit se situer autour de cinquante ans, peut-être un peu moins grâce à la présence de quelques enfants... Une poignée de jeunes vient se servir au bar, mais préfère boire en petits groupes, à l'extérieur. Je repense avec nostalgie à quelques fêtes de villages, en Franche-Comté notamment, quand j'étais enfant.
Tandis que les plats sont servis par deux hommes, joviaux et adroits, sur un plateau de bois long de cinq à six mètres qu'ils font circuler entre les tables, sur la piste de danse et sur l'estrade s'enchaînent des polkas, des madisons, et même des bourrées et une hilarante danse de "brise-pieds", à base de tours sur soi-même, au nombre et au rythme croissant, dans un sens, puis dans l'autre, visiblement difficile à danser jusqu'à son terme sans une bousculade et un éclat de rire, surtout si l'on est un peu fatigué, ou un peu enivré...!
L'heure a passé rapidement et agréablement grâce à ce petit spectacle de vie festive... A 23h30, nous suivons le mouvement de la petite foule qui s'installe sur la place pour le tir du feu.
C'est un petit feu d'artifice chaleureux. Il n'y a pas le faste, l'originalité, le grandiose d'un spectacle pyrotechnique bordelais... Mais l'émotion est là: les couleurs, les lumières, les explosions et les exclamations. Les fusées éclatent de beaucoup plus près, c'est peut-être même plus vivant. L'odeur de la poudre et de la fumée nous emplissent vraiment les narines alors que resplendit et rayonne, sous les applaudissements conquis, un bouquet final en Bleu Blanc Rouge...
Nous décidons de laisser Sauveterre poursuivre sa fête nationale dans l'intimité, et nous reprenons notre petit sentier dans la colline, à la lueur d'une lampe de poche. Notre fête à nous que cette petite aventure !
Après le même quart d'heure de marche, nous retrouvons la 1007, et installons la tente.
Depuis la vision des meules de foin, j'ai des pensées pour Paysan Heureux, et nous nous installons vraiment en bordure du champ, sur un sol plutôt pierreux, recouvert de feuilles mortes, qui doit servir de passage, pour être sûr de ne pas écraser un seul brin d'herbe si ce champ doit être fauché. Le montage de notre abri est rapide: merci à la technologie 2" de Quechua...
Et nous nous endormons vers une heure du matin, bercé d'un doux petit bonheur.
La nuit sous la tente est toujours entrecoupée. Un bruit, une mauvaise position, un peu de fraîcheur... Mais la redécouverte au matin du coin de nature où nous avons campé nous gonfle toujours d'une énergie vivifiante compensant largement les petites rigueurs de la nuit.
Ce matin, dès qu'on ouvre les yeux, la rosée sur la multitude de toile d'araignées est la première splendeur. Nous ne soupçonnions pas avoir passé la nuit en compagnie d'une telle multitude de pattes !
Et puis le vol mou d'un papillon nous en révèle des dizaines d'autres, se chauffant au soleil à l'extrémité des épis des graminées, comme des fleurs ailées.
Nous décidons de les imiter en sirotant une tasse de café, offert aux rayons du matin, qui soulignent les reliefs et dorent de lumière les meules de foin.
Puis nous partons à la découverte des herbes et des fleurs, guidés toujours par les papillons. Nous atteignons une maison en ruine que nous n'avions pas vu la veille, à l'autre extrémité du champ. Un bruit dans la forêt, peut-être est-ce encore le chevreuil. Mais voilà une autre rencontre: Sébastien pose le pied à quelques centimètres d'un serpent, effrayés, ils se feront fuir mutuellement... Le réveil est maintenant complet !
Gorgés des forces simples de la nature, nous avons levé le camp. Un dernier arrêt au village de Sauveterre-la-Lémance pour grignoter des croissants, et nous poursuivons notre voyage...
















































































