La technologie numérique s'est faite oubliée pour la soirée. Images en mots, donc, et des photos du lendemain matin.

Nous sortons des collines et rejoignons la vallée à Sauveterre-la-Lémance. C'est ici que j'avais pensé faire un petit dîner au restaurant, mais le village n'est pas aussi charmant que je l'espérais. Traversé par une grande départementale et la voie ferrée, c'est un village-rue assez banal, où s'est groupé un petit bourg sur la rive gauche. La Lémance n'est perceptible que depuis un petit pont, près duquel le seul restaurant, sur l'eau, est fermé. Les ruines du château qui domine, l'église massive et une halle révèlent toutefois leur charme alors que notre regard se fait plus attentif.

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Mais le village est désert. Seuls quelques clients dans les deux bars, et l'artificier qui installe les lanceurs de fusées, nous rassurant sur le tir d'un feu d'artifice. Nous ne croisons qu'un chat, avide de caresses en ronronnant dans nos jambes.
Nous abandonnons l'idée de manger ici, et reprenons la route à la recherche d'un coin tranquille où poser notre tente. Nous bifurquons devant une immense carrière et sa fabrique de chaux, qui fait entendre le ronron mécanique de son fonctionnement, bien qu'aucun humain ne soit visible pour l'actionner. Cette usine tournera toute la nuit.
Nous la laissons derrière nous, le chemin gravillonné que nous suivons s'élève à flanc de coteau, nous ramenant au dessus du village et dévoilant de jolies vues sur les ruines de la forteresse.

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Au détour d'un virage, nous tombons nez à nez avec un chevreuil. La surprise nous fige un instant, lui et nous, le temps d'un regard, avant qu'il bondisse et disparaisse dans les bois. Nous sommes sur le bon chemin pour la nuit... D'ailleurs, le chemin n'est plus revêtu, envahi d'herbes, nous progressons au pas. Il longe des prés récemment fauchés, et se termine dans un qui ne l'est pas. Nous apercevons une nouvelle fois le chevreuil (ou un autre ?), plus loin, et qui disparaît de nouveau dans les bois. Nous le verrons une dernière fois traverser le champ, un peu plus tard.
Nous nous arrêtons ici, près d'un petit muret de pierres, sous les chênes à la lisière du champ. Plusieurs replats peuvent nous permettre de monter la tente, nous le ferons plus tard. Nous explorons les alentours immédiats à pied, respirant le calme des champs vallonnés, encerclés de bois, ponctués des meules de foin. Les cliquetis assourdis, lointains, de l'usine de chaux, seul bruit "humain" alentour, soulignent l'ambiance et l'impression d'être seuls au monde. Des traces au sol nous révèlent la présence de sangliers. Des lapins montrent leurs oreilles ou leurs derrières dans les hautes herbes. Un vol de corbeau traverse le ciel où la lumière décline.
Une averse nous surprend, nous nous réfugions dans la voiture, mais cela ne dure que quelques minutes. Nous attaquons notre pique-nique, que nous avions pris au cas où.

Il est bientôt 22 heures, et nous nous demandons si nous verrons le feu d'artifice depuis notre petit sommet. Nous n'avons pas envie de reprendre la voiture. Je remarque alors un sentier qui descend le long du coteau. Il semble prendre la direction du village, et d'ailleurs, où pourrait-il aller ?
Nous voilà donc partis sur cette trace dans le sous-bois humide. Les branchages et les herbes nous éclaboussent de gouttelettes à notre passage. Nous nous imaginons dans des temps anciens, quittant notre ferme ou notre château des hauteurs pour une expédition nocturne au village...
A mi-parcours, surplombant les premières maisons, nous avons quelques doutes, nous demandant si la pente du sentier sera suffisante pour descendre jusqu'au bourg. Nous poursuivons, et après une quinzaine de minutes de marche, ce sentier nous mène bien au centre de Sauveterre, à quelques centaines de mètres de la place principale.
Sortant ainsi du bois, nous effrayons un peu la première habitante que nous croisons, qui reserre son emprise sur la laisse de son chien. Nous nous saluons, et nous poursuivons gaiment vers la place, tandis qu'elle fait demi-tour.
Sous les platanes et dans le village, tout est toujours aussi désert. Nous sommes de plus en plus perplexes, nous ne trouvons même pas une affichette annonçant l'heure du feu d'artifice (qui aura lieu, nous en sommes sûrs, puisque nous avons vu l'artificier). Nous décidons de patienter en nous baladant, le public va bien finir par arriver, ce n'est quand même pas tous les jours les 13 et 14 juillet...
C'est alors qu'au bout de la place s'ouvre un rectangle de lumière... Une porte, qui nous révèle aussi des silhouettes. Et, en tendant l'oreille, des notes de musique. La fête est bien là, mais discrète !
Nous nous approchons de la salle polyvalente, bâtiment sans charme que nous n'avions pas remarqué. Sur le côté qui était jusqu'alors invisible à notre regard, de grandes portes sont grandes ouvertes... sur un repas dansant. Voilà donc où sont tous les habitants de Sauveterre ! Deux-cents à trois-cents personnes sont attablées autour de longues tables, dînant joyeusement. Une vingtaine d'entre elles dansent au son populaire que jouent deux accordéonistes. Une vraie fête de village ! Et qui nous intimide...  Dans la salle, pas de place pour les personnes ne participant pas au repas...
Nous nous baladons alors un peu alentour, visitant la gare: un simple abri, les billets s'achètent auprès des contrôleurs. Six arrêts de train par jour: trois pour Agen, et trois pour Périgueux.
D'autres touristes, des anglais, des bordelais, sont venus voir le feu d'artifice et s'approchent comme nous de la salle polyvalente. Aux bribes de conversations volées, nous apprenons qu'il ne sera pas tiré avant une heure... Avec Seb, nous hésitons encore de longues minutes à pénétrer dans la fête. Mais aidé par la perspective d'une heure d'attente et la fraîcheur nocturne tombant sur nos épaules, je me décide à rejoindre le petit bar installé au fond de la salle. Personne ne nous regarde de travers, on nous sert nos deux demis de bière avec le sourire. Et nous nous accoudons là, nous imprégnant par le regard de l'ambiance villageoise. L'atmosphère est bon enfant, tout le monde est joyeux. Les accordéonistes sont dynamiques, enchaînant les airs traditionnels. On se congratule en souriant sur ses prestations dansantes en rejoignant sa place à table. La moyenne d'âge doit se situer autour de cinquante ans, peut-être un peu moins grâce à la présence de quelques enfants... Une poignée de jeunes vient se servir au bar, mais préfère boire en petits groupes, à l'extérieur. Je repense avec nostalgie à quelques fêtes de villages, en Franche-Comté notamment, quand j'étais enfant.
Tandis que les plats sont servis par deux hommes, joviaux et adroits, sur un plateau de bois long de cinq à six mètres qu'ils font circuler entre les tables, sur la piste de danse et sur l'estrade s'enchaînent des polkas, des madisons, et même des bourrées et une hilarante danse de "brise-pieds", à base de tours sur soi-même, au nombre et au rythme croissant, dans un sens, puis dans l'autre, visiblement difficile à danser jusqu'à son terme sans une bousculade et un éclat de rire, surtout si l'on est un peu fatigué, ou un peu enivré...!
L'heure a passé rapidement et agréablement grâce à ce petit spectacle de vie festive... A 23h30, nous suivons le mouvement de la petite foule qui s'installe sur la place pour le tir du feu.
C'est un petit feu d'artifice chaleureux. Il n'y a pas le faste, l'originalité, le grandiose d'un spectacle pyrotechnique bordelais... Mais l'émotion est là: les couleurs, les lumières, les explosions et les exclamations. Les fusées éclatent de beaucoup plus près, c'est peut-être même plus vivant. L'odeur de la poudre et de la fumée nous emplissent vraiment les narines alors que resplendit et rayonne, sous les applaudissements conquis, un bouquet final en Bleu Blanc Rouge...

Nous décidons de laisser Sauveterre poursuivre sa fête nationale dans l'intimité, et nous reprenons notre petit sentier dans la colline, à la lueur d'une lampe de poche. Notre fête à nous que cette petite aventure !
Après le même quart d'heure de marche, nous retrouvons la 1007, et installons la tente.
Depuis la vision des meules de foin, j'ai des pensées pour Paysan Heureux, et nous nous installons vraiment en bordure du champ, sur un sol plutôt pierreux, recouvert de feuilles mortes, qui doit servir de passage, pour être sûr de ne pas écraser un seul brin d'herbe si ce champ doit être fauché. Le montage de notre abri est rapide: merci à la technologie 2" de Quechua...
Et nous nous endormons vers une heure du matin, bercé d'un doux petit bonheur.

La nuit sous la tente est toujours entrecoupée. Un bruit, une mauvaise position, un peu de fraîcheur... Mais la redécouverte au matin du coin de nature où nous avons campé nous gonfle toujours d'une énergie vivifiante compensant largement les petites rigueurs de la nuit.
Ce matin, dès qu'on ouvre les yeux, la rosée sur la multitude de toile d'araignées est la première splendeur. Nous ne soupçonnions pas avoir passé la nuit en compagnie d'une telle multitude de pattes !
Et puis le vol mou d'un papillon nous en révèle des dizaines d'autres, se chauffant au soleil à l'extrémité des épis des graminées, comme des fleurs ailées.
Nous décidons de les imiter en sirotant une tasse de café, offert aux rayons du matin, qui soulignent les reliefs et dorent de lumière les meules de foin.
Puis nous partons à la découverte des herbes et des fleurs, guidés toujours par les papillons. Nous atteignons une maison en ruine que nous n'avions pas vu la veille, à l'autre extrémité du champ. Un bruit dans la forêt, peut-être est-ce encore le chevreuil. Mais voilà une autre rencontre: Sébastien pose le pied à quelques centimètres d'un serpent, effrayés, ils se feront fuir mutuellement... Le réveil est maintenant complet !

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Gorgés des forces simples de la nature, nous avons levé le camp. Un dernier arrêt au village de Sauveterre-la-Lémance pour grignoter des croissants, et nous poursuivons notre voyage...