Cela fait maintenant un peu plus de trois ans que j'ai découvert l'accompagnement professionel du handicap mental. Je voulais me lancer dans un petit essai sur le sujet, mais ça fait trop de projets en cours pour ma procrastination...
Donc juste quelques généralités rapides... Tout d'abord, j'ai été plongé dans ce milieu sans formatage préalable, tout mon apprentissage s'est fait en situation et je suis aujourd'hui persuadé que ça vaut tous les bancs d'école...
Ensuite... Mais c'est quoi, le handicap mental ? On regroupe de nos jours sous ce terme les comportements relevant de la déficience intellectuelle et ceux relevant de pathologies psychiatriques (autrefois appelés, il y a des lustres, débilité et folie...). On réalise bien vite que le handicap relève presque exclusivement de la société, et que cette société pourrait bien elle-même être handicapée, son seul avantage sur le public dont je m'occupe étant d'appartenir à un handicap généralisé...
C'est tout la notion de différence, en fait, qu'il s'agit d'appréhender.

Les caractéristiques du travail ne sont pas liés à une production quantitative, comme la majorité du travail sous le capitalisme mondialisé. Les objectifs sont essentiellement humains. Les relations au travail s'en trouve fortement influencées.
Avec les collègues, le binôme est la base la plus fréquente dans les rythmes et habitudes de travail. C'est un quotidien professionel qui se met en place, de la cuisine à la toilette en passant par les loisirs, centré sur le progrès et le bien-être du public. Cela sur des plages horaires jsuque tard dans la nuit, ou sur des journées entières... L'aspect personnel ne peut être exclu, on apprend beaucoup plus que dans d'autres métiers moult détails de la vie privée de ses collègues. Cela implique souvent de trouver des terrains d'entente et des compromis pour une bonne efficacité. C'est instructif. Et c'est aussi très riche de découvrir tant de vies... particulièrement en situation d'intérimaire.
Ainsi, le weekend dernier, une nouvelle rencontre sur un même lieu de travail. Miss Ecume a pu, lors d'une balade sous la fraîcheur des arbres, me parler de ses dix années d'enfance au Cameroun. De son frère homosexuel mort du SIDA il y a dix ans. De son mari de treize ans plus vieux qu'elle et de son fils d'un premier mariage de treize ans de moins qu'elle avec qui elle sort en boîte. De pêche à pied, de secours en mer et de tarte aux mûres. De sa vision d'une société normalisée, qui appréhende son environnement avec des connaissances préconçues, qui répète des apprentissages sans les comprendre, simplement parce qu'elle les a appris, et ne sait pas s'en défaire. Voilà des rencontres intéressantes, où en quelques heures on perce l'intimité de personnes...
Ce même weekend, Miss Nostalgie, que je trouve toujours fort peu motivée au travail - ce qui m'agace tout en la comprenant - nous a aussi dévoilé ses tableaux de bois, ses essais de clips informatiques de ses collages photos... Par contre, Poupée Coiff' ne m'a rien montré d'intéressant pour l'heure... Mais nous avons travaillé tous les quatre sans heurts, pendant 20 heures en deux jours...

Mais les relations avec le public accueilli sont les plus intéressantes. Voilà la partie pour laquelle je prendrai le temps de mieux réfléchir pour l'exposer...
Pour pouvoir échanger, encore plus qu'avec les collègues, il faut avec chacun être capable d'entrer dans son référentiel culturel, dans son référentiel de perception, dans... son paysage. C'est une remise en question permanente, une gymnastique constante d'oubli de soi, le tout dans une logique de construction et de compréhension de l'humain.