Nouvelle catégorie... Je pense bientôt vous proposer quelques productions littéraires dans Mes Régions Artistiques. Comme il m'est déjà arrivé que l'on me prenne pour le personnage principal de ce que j'écris quand je ne suis que narrateur, m'inspirant certes de ma vie mais en incluant un peu de romançage, un peu d'extrapolations et de réflexions, je tiens à la distinction que je fais en créant cette catégorie Mémoires aujourd'hui. Il y a ma littérature en Vallée Quotidienne, que vous connaissez déjà, ou je suis là bel et bien acteur et narrateur, avec un peu d'analyse, et qui se situe quelquepart entre ma littérature Artistique (mes poèmes et ce que vous découvrirez bientôt), et ma littérature Mémoire, ce que je vous livre aujourd'hui, des épisodes importants de ma vie, tels que je m'en souviens, ou plutôt tels que je les regarde aujourd'hui. (...et je vous l'accorde, tout ceci n'est pas très clair !)

Suite au Sunday Dune d'hier, j'ai eu envie de vous montrer mon poème Dune (pas extraordinaire, et que vous trouverez dans Mes Régions Artistiques), qui a accompagné ma déclaration d'Amour à Sébastien, toute en demi-mots, six mois après notre rencontre.
Et pour mieux que vous le compreniez, je vous donne ici son contexte (ce qui facilitera aussi l'analyse de texte si un jour on m'étudie à l'école !).
Petit résumé d'Histoire, donc (avec un grand H, puisque c'est mon Histoire à Moi), et bien entendu, il manque une foule de détails et d'instants, de personnages, tous les pans de l'enfance, mon engagement à 16 ans dans une association candidate aux éléctions municipales, et le monde gymnique.

Septembre 1998. Je suis assis devant un ordinateur, en train d'apprendre à réaliser un publipostage avec Word. C'est le début de ma spécialisation professionnelle "Représentation des Paysages - Assistant du Concepteur Paysagiste" à Carpentras. Je suis assis à côté de Sylvie.
Sébastien fait sa rentrée avec un jour de retard sur le reste de la promo, ayant trouvé un stage en dernière minute. Il entre dans la salle en plein milieu du cours. Avec sa grosse chevelure et son air ahuri, il me tape dans l'oeil. Il entre dans ma tête. Il ouvre mon coeur que je croyais mort...et il va y entrer.

J'ai 20 ans. Je sors de mon BTS "Aménagement Paysager" et de mes années lyonnaises. Sylvie, la jeune fille à côté de moi, sors du même BTS lyonnais et a 22 ans. Cétait l'une des deux filles de la promo, et nous nous sommes connus à Lyon. Bizarrement, ses parents habitent dans la même rue que mon oncle de Crest.
C'est ma copine depuis environ dix mois. C'est elle qui l'a voulu, en quelquesorte, me poursuivant de ses assiduités durant les deux premiers mois de notre deuxième année de BTS. Dans mon esprit - honte à moi si ça vous chante - elle n'est que La Potiche. Surnom trouvé par moi-même et mon ami Geoffroy, connu lui aussi en BTS, aujourd'hui chef d'entreprise paysagiste à Draguignan. Surnom dû à sa silhouette en amphore (très agréable, pour moi), mais aussi à la place qu'elle tient dans ma vie...
Tout le monde est ravi de me voir avec une gentille fille. Moi je m'en tape. Elle fait partie de la déco, vraiment, avec un peu d'hygiène sexuelle de temps en temps.
C'est que, voyez-vous, je vis, mais pas vraiment. C'est la grande ère cannabis et alcool qui dure depuis un an. Personne ne vois, à part peut-être un peu Maman. La Potiche est là à côté de moi. Je ne crois plus en rien: j'ai tout raté...

Remontons au collège. Premier de la classe, comme je l'ai déjà dit, mais aussi fils du policier municipal en chef de ma petite ville de Claix, c'est la fin précoce de l'enfance. Mon quotidien est surtout fait d'insultes, dont certaines -tapette- que je ne comprends encore pas, et d'un cercle de vautours gravitant autour de moi pour lorgner sur mes copies.
C'est aussi une banlieue bourgeoise, d'avocats, de médecins et d'ingénieurs. Mes parents à moi sont de petits fonctionnaires sans intérêt...
Je ne peux compter que sur une seule amie et voisine, Cécile. Même si elle aussi les aimait bien mes copies (au point de nous valoir un 0 coeff 3 au bac blanc de français en première)...
Et aussi un nuage de groupies. Je pense que je devais être beau gosse, à douze ans. Blondinet à la puberté avancée (la doctoresse s'était régalée de la grosseur de mes testicules lors de sa palpation de la visite médicale en sixième), je plaisais aux jeunes demoiselles.
A douze ans, l'une d'elle, Emilie (cousine d'un membre des Charts, dont à fait partie Calogero), aux parents divorcés, vivant avec sa mère remise en ménage avec un homme dont la femme s'était suicidée, me fait découvrir le roulage de pelle et la branlette. C'est bon, et moi, dans les vestiaires du gymnase au collège (le gymnase du gymnaste est un monde à part, il faudrait d'autres mémoires...), je commence à lorgner sur cet objet de plaisir chez mes camarades...

Je traverse ma scolarité brillament sans grand travail, et je vis dès cette époque des chassés croisés amoureux, dont les stars sont Céline (Elle) et Sandra (Petite Conne). A la fin du collège (Georges Pompidou, le collège) et jusqu'en terminale (lycée Marie Curie à Echirolles), je me fixe avec Petite Conne pour trois années. C'est avec elle que je perdrais "vraiment" ma virginité. Tout va encore à peu près bien, quand tout s'écroule.

Ce premier rêve d'amour s'effondre sur mes 17 ans. Petite Conne me trompe, puis vit ouvertement cette autre relation, sans me quitter, pendant trois mois, avant de m'évincer.
Je me venge sur qui se place sur mon chemin, à coups de lettres anonymes et autres embrouilles, où apparaît Lauriane, jeune fille d'origine guatémaltèque aujourd'hui proche (comme moi ?) de la schizophrénie.
Je perds la tête de la classe (septième place, tout de même)... Et c'est le premier rêve professionnel qui s'effondre sur mes 18 ans: mon dossier est insuffisant pour incorporer une classe préparatoire à l'école vétérinaire... Lourd échec pour ce petit élève brillant et adulé des professeurs que je suis. Lourde déception. Adieu, rêves... Et je choisis ce BTS à la va vite. Protection et Gestion de la Nature m'aurait mieux convenu.

Passe l'été... Je vis dans les bras de Elle de merveilleux moments. Je crois aimer. Je crois être grand... Oui, je l'ai aimée, je crois.

Puis c'est le départ à Lyon. Le début de la première année est enivrant. Nouveauté. Liberté. Nombreuses soirées arrosées. Et à l'internat, c'est l'étage des pédés. En face de ma chambre, celle de David (Bite Tordue) d'Albertville. Un jeune homme très complexé... En quelques semaines, nous nous avouons notre homosexualité. Je dois quitter Elle.

Notre histoire avec David sera en dents de scie, entrecoupée pour ma part de nuits torrides dans la chambre de Gilles, à deux portes de la mienne. Entre les deux, la chambre de Nicolas, un protestant baptiste ou quelquechose comme ça, fervent défenseur de la foi et de la virginité avant le mariage. Je suis un des seuls à avoir échappé à ses leçons de morale, malgré d'autres discussions intéressantes, allez savoir pourquoi... A côté de la chambre de David, une Pascale (de la promo Technico-Commerciale) s'entiche aussi de moi, sans résultat.

Mais revenons à David. Malgré de merveilleux moments, la fin de notre histoire est un chaos. Il n'arrive toujours pas à digérer son homosexualité, et me reproche notre relation avec beaucoup de violence verbale et physique.
En deuxième année, nous ne nous adressions plus la parole... Second rêve amoureux qui s'envole...

La seconde année est une descente vers le côté obscur. Ce n'est plus l'internat, chacun à son petit appartement en petis groupes.Je partage le mien avec mon pote Geoffroy et David, cohabitation tendue... Je m'enfonce dans l'alcool et le cannabis. La Potiche (qui partage son appart avec Nicolas et Sophie, l'autre fille de la promo, d'origine réunionnaise et un brin nymphomane) réussit à s'incruster parfois, mais je la vois le moins souvent possible.
Je ne suis pas motorisé, et Dardilly (où est né le Curé d'Ars) où se trouve le lycée agricole, est à 20 kilomètres de Lyon. Je sors en boîte, seul, dans le milieu gay.
Tantôt je finis dans des situations scabreuses dont je ne me rappelle qu'à moitié, alcool, shit et même quelques pilules avalées.
Tantôt j'erre dans les rues de la ville nocturne et sur les berges du Rhône où ça drague, attendant les premiers bus du matin. Je baise encore. Je me fais aussi racketter. Je prends quelques râclées, sans trop de gravité. Je rencontre aussi quelques travestis prostitués et des clochards avec qui discuter. Voilà comment se passe ma vingtième année.

Et l'année scolaire se termine sur l'échec au concours d'entrée à l'Ecole Nationale Supérieure du Paysage, qui délivre le titre d'architecte-paysagiste, et que je raterais encore l'année suivante (chose qu'aujourd'hui je ne regrette pas, mais enfin allez savoir...)

Départ alors pour Carpentras, où La Potiche est venue aussi. Je ne crois plus en rien: j'ai tout raté...

Et puis cette aventure provençale. Toujours des escapades nocturnes au bord du Rhône, à Avignon...

Et Sébastien. Sébastien de Bordeaux, qui de ses 23 ans réveille les souvenirs de l'enfance, ceux de la classe de mer, et tous les autres... Sébastien le Vierge (ce n'est pas son signe astrologique). Sébastien le Candide. Sébastien le Riche, aussi. Sébastien le Discret, qui ne révèle presque rien de lui, tout en faisant le pitre. Sébastien le Rêveur.

Nous étions presque toujours silencieux, quand nous nous retrouvions seuls. Ce n'était pas fréquent: avec Lui, Sylvie La Potiche, Rémi (connu aussi en BTS), Philippe d'Agen et Sandrine de Haute-Saône (qui partageait me fumaille), nous avions loué tous les six une maison à Mormoiron, au pied du Mont Ventoux, théâtre d'aventures joyeuses.
Seb avait amené sa super chaîne hi-fi multi CD pleine de boutons et chantait à pleine voix. Seb faisait l'andouille en AX et nous emmenait en balade (moi, je venais juste d'obtenir le permis, pour planter ma 306 chérie, déjà, dans un muret en rase campagne en revenant d'Orange, l'immobilisant pour un mois).
Quelquefois, aussi, dans la salle de bains, nos regards se croisaient à travers les jeux de miroirs.

Petit à petit, dans nos silences, nous avons senti des aveux. Puis des questions étouffées de la part de Seb. A l'époque, je parlais volontiers, surtout en présence de Sylvie La Potiche, de ma bisexualité, et me vantait de mes lugubres exploits lyonnais. Puis de la distance. De la peur. Mais nous savions pourtant qu'on était bien, à côté...

Puis vient janvier 1999 et la fin du petit groupe provençal. Nous ne devions normalement plus jamais nous revoir, nos épreuves terminales étant décalées. Ma tête, et mon coeur, tournaient et battaient dans tous les sens.
Je me suis décidé à quitter Sylvie une semaine avant la fin des cours, passant les nuits sur le canapé. Enfin, le dernier soir, je me suis maladroitement lancé (avec quelques verres dans le nez, bien-sûr), demandant à Sebastien s'il était attiré par les garçons. "Je ne sais pas", m'a-t-il répondu.
Moi, je lui ai donné Dune, mon poème.

Et le lendemain, pour le grand départ, je lui ai dit que je voudrais le revoir. Il m'a répondu: "Je t'appellerai peut-être".
Et il est parti. Me laissant sans nouvelles pendant quatre mois.

Voilà. Vous pouvez maintenant lire Dune. Je l'ai écrit il y a sept ans presque jour pour jour, puisque c'était le 20 janvier, jour de la Saint-Sébastien.

Et depuis, il y a eu ces quatre mois d'attente, nos retrouvailles, et ces sept années passées, pleines d'aventures bordelaises, plus ou moins gratifiantes... Mais avec Sébastien.