Voilà environ un an que j'ai vécu ma dernière rencontre amoureuse... Je fête cet anniversaire en la racontant. Je vais essayer de ne pas trop déborder sur le Pour Adultes, mais prenez ceci comme un avertissement !

Je vais tout de suite me débarasser de quelquechose que j'ai à dire, qui n'a pas vraiment sa place dans l'histoire, mais qui est quand même important.
L'acteur principal de cette rencontre, que j'appelle depuis M. Neuro en raison à la fois de son prénom et de ses études, était un Jeune Homme de 23 ans, à l'époque, fraîchement diplômé d'un DEA Neurosciences, qu'il préfèrait dénommer Sciences Cognitives. Sacré grand-écart, et au jugé de son enfermement dans sa culture très 19è siècle, et sa méconnaissance du nombre d'informations en circulation sur internet dans ce domaine (y compris des choses sur lui) on me permettra de mettre en doute la valeur de ce diplôme et de l'enseignement qui lui est associé, tout comme les actions et connaissances de l'association pompeuse dont il faisait partie. Parenthèse close, je vais vous raconter cette histoire d'amants.

fdr1C'était en décembre, l'année dernière.
J'ai répondu à une annonce sur internet, illustrée d'une photo rappelant étrangement l'affiche de ce film, sans le parapluie jaune, ni la jeune femme, cependant.

Le Jeune Homme (jmec) se disait très chaud, ouvert à tout style, pour un plan direct. Le temps de se répondre, et se répondre encore, nous a quand même pris une petite semaine. Et le rendez-vous est pris, chez lui. Même l'adresse est un peu magique: 66 rue Huguerie.

Et me voilà remontant cette rue, le coeur battant, entre excitation et appréhension.
Plus de cinq ans que je vis avec Seb, et je n'ai jamais fait cela... à part quelques folies rapides dans les bois.

J'arrive à la porte. Je sonne à l'interphone. J'ai la voix rauque en annonçant mon prénom. La sienne, comme au téléphone, est celle d'un Jeune Homme, qui n'arrive pas à s'empêcher de monter vers quelques intonations un peu "folle".
La porte s'ouvre. Un bel immeuble de pierre du centre de Bordeaux. Mon intimidation grandit en gravissant les escaliers menant au premier étage.

La porte s'ouvre quand j'arrive sur le palier, et j'entre. Un petit bonhomme à l'air sage, dans son débardeur et sa chemise, m'attend. Et je plonge dans son regard.
Nous nous dévisageons quelques instants, puis il me demande : " Tu n'enlèves pas ton manteau ? "
or1Je m'exécute gauchement et pose mon espèce de parka rouge sur le canapé.
Puis nos yeux se croisent encore, et d'un même élan, nous voilà enlacés, nos bouches mêlées, et sa chaleur inonde mon corps. Je ne sais pas combien de temps cela a duré, les yeux fermés. Puis nous nous sommes de nouveau regardés.
Il m'a simplement pris la main, m'entraînant pour me faire gravir les escaliers menant à la chambre de son duplex.
Là, nous nous sommes encore embrassés, puis il m'a très vite déshabillé, tout en me prodiguant des profondeurs que je n'avais jamais goûtées, me répétant: "Tu es beau. Tu es beau..."
La suite se passe sur le lit. Impossible de dire encore combien de temps cela a duré. Je n'ai que dans ma mémoire la chaleur de son corps, et le nombre de fois où nos regards se sont croisés.
Je crois que nous avons ensuite un peu dormi. Puis je suis parti. Encore tout hébété. Je ne me rappelle presque pas de la suite de ma soirée.
Puis au début de la nuit, fumant à ma fenêtre, rêvassant, et Seb depuis longtemps endormi, un SMS sur le portable. Je me précipite, et : "J'ai passé un moment très charmant". Je n'ose y croire, j'ai le coeur battant, et c'est tout tremblant que je réponds que moi aussi.

Nous nous sommes revus une fois. Deux fois. Puis nous sommes partis, moi et Seb, pour les vacances de Noël, pour Poitiers puis pour Grenoble. J'ai avoué à Sebastien, je ne pouvais pas faire autrement. Je crevais d'envie de le revoir. Nous échangions des SMS presque tous les jours.

Puis nous nous sommes revus. Une fois. Deux fois. Trois fois. J'abandonnais Seb pour des débuts de soirée ou des samedi avec Lui, dans son nid. Je n'y ai jamais passé la nuit.
Nous dormions toujours un peu, enlacés, après nos ébats sur la couette bleue. Je n'arrivais pas à beaucoup lui parler. Lui un peu plus.
Quand il a commencé à me demander si je n'aimerais pas habiter au centre-ville, le rêve a commencé à s'émietter... Il y avait Seb, et non, je ne voulais pas le quitter.

Puis presque un mois s'est écoulé. Je commençais à comprendre ce qui m'était arrivé. C'est moi qui l'ai recontacté. Je lui ai donné rendez-vous dehors. J'avais besoin de lui parler. Je pensais qu'on pourrait, peut-être, passer à une sorte d'amitié.
Et c'est devant le Palais Gallien que tout s'est effondré. Que je vienne vivre avec Lui, oui. Faire l'amour avec Moi, oui. Mais simplement se parler, partager les autres moments dont on avait parlé, comme une ballade à vélo, non. Je n'ai pas compris. Il n'a pas compris. Et devant les ruines, nous nous sommes quittés blessés.

Que nous est-il arrivé ? Un coup de foudre, à n'en pas douter. Les feux d'un instant qui font tout oublier. Les instants de feu où l'on se découvre, et où chacun se perd à tout espérer.
Il venait de se faire plaquer au bout de deux ans par son ami steward parti à Paris.
Je venais de quitter un emploi au coeur de la folie, où on m'avait volé mon travail, et où des manipulateurs avaient tenté de me faire croire que j'étais schizophrène (je vous assure que non ! J'y ai bien réfléchi !).
Nous nous sommes apportés du réconfort, malgré la douleur en retombant sur terre. Les moments magiques et puissants de l'Innamoramento.

Car à moi, ces instants m'ont aussi donné l'énergie créatrice d'écrire une petite nouvelle.

Cette histoire a aussi eu d'autres conséquences un peu fâcheuses, sur le plan physique cette fois. M. Neuro, puis Moi, par des rapports oraux non protégés, avons été porteurs sains de la bactérie responsable de la blennoragie. En bout de chaîne... Sébastien, qui a développé la maladie (ne vous demandez même pas s'il aurait pu attraper ça ailleurs, mon candide). Nous avons suivi tous les deux un traitement de deux mois.

Et donc, je n'allais pas terminer cette histoire sans parler un peu plus de Sébastien. J'aurais aimé qu'il crie. J'aurais aimé qu'il me retienne.
Comme à son habitude, Seb n'a rien dit. A-t-il souffert ? A-t-il été jaloux ? Il m'a bien dit qu'il était "embêté", mais je n'en saurais jamais plus. Je sais qu'il était là. Qu'il m'a laissé choisir ma vie. Qu'il a simplement tout accepté.

Parce que c'était Moi. Parce que c'est Sébastien. C'est notre Amour. La fin, pour nous aussi, de notre relation d'amants, pour devenir ces Amoureux-Amis.

Et, bien-sûr, je garde aussi en mémoire ces presque mêmes choix qu'Elle m'a permis, il y a neuf ans, mais Elle en me faisant partir...
J'ai très peur de la faire encore souffrir aujourd'hui... Que serons-nous capables de faire de nos vies ?