23 janvier 2006
Dune - Origines
Nouvelle catégorie... Je pense bientôt vous proposer quelques productions littéraires dans Mes Régions Artistiques. Comme il m'est déjà arrivé que l'on me prenne pour le personnage principal de ce que j'écris quand je ne suis que narrateur, m'inspirant certes de ma vie mais en incluant un peu de romançage, un peu d'extrapolations et de réflexions, je tiens à la distinction que je fais en créant cette catégorie Mémoires aujourd'hui. Il y a ma littérature en Vallée Quotidienne, que vous connaissez déjà, ou je suis là bel et bien acteur et narrateur, avec un peu d'analyse, et qui se situe quelquepart entre ma littérature Artistique (mes poèmes et ce que vous découvrirez bientôt), et ma littérature Mémoire, ce que je vous livre aujourd'hui, des épisodes importants de ma vie, tels que je m'en souviens, ou plutôt tels que je les regarde aujourd'hui. (...et je vous l'accorde, tout ceci n'est pas très clair !)
Suite au Sunday Dune d'hier, j'ai eu envie de vous montrer mon poème Dune (pas extraordinaire, et que vous trouverez dans Mes Régions Artistiques), qui a accompagné ma déclaration d'Amour à Sébastien, toute en demi-mots, six mois après notre rencontre.
Et pour mieux que vous le compreniez, je vous donne ici son contexte (ce qui facilitera aussi l'analyse de texte si un jour on m'étudie à l'école !).
Petit résumé d'Histoire, donc (avec un grand H, puisque c'est mon Histoire à Moi), et bien entendu, il manque une foule de détails et d'instants, de personnages, tous les pans de l'enfance, mon engagement à 16 ans dans une association candidate aux éléctions municipales, et le monde gymnique.
Septembre 1998. Je suis assis devant un ordinateur, en train d'apprendre à réaliser un publipostage avec Word. C'est le début de ma spécialisation professionnelle "Représentation des Paysages - Assistant du Concepteur Paysagiste" à Carpentras. Je suis assis à côté de Sylvie.
Sébastien fait sa rentrée avec un jour de retard sur le reste de la promo, ayant trouvé un stage en dernière minute. Il entre dans la salle en plein milieu du cours. Avec sa grosse chevelure et son air ahuri, il me tape dans l'oeil. Il entre dans ma tête. Il ouvre mon coeur que je croyais mort...et il va y entrer.
J'ai 20 ans. Je sors de mon BTS "Aménagement Paysager" et de mes années lyonnaises. Sylvie, la jeune fille à côté de moi, sors du même BTS lyonnais et a 22 ans. Cétait l'une des deux filles de la promo, et nous nous sommes connus à Lyon. Bizarrement, ses parents habitent dans la même rue que mon oncle de Crest.
C'est ma copine depuis environ dix mois. C'est elle qui l'a voulu, en quelquesorte, me poursuivant de ses assiduités durant les deux premiers mois de notre deuxième année de BTS. Dans mon esprit - honte à moi si ça vous chante - elle n'est que La Potiche. Surnom trouvé par moi-même et mon ami Geoffroy, connu lui aussi en BTS, aujourd'hui chef d'entreprise paysagiste à Draguignan. Surnom dû à sa silhouette en amphore (très agréable, pour moi), mais aussi à la place qu'elle tient dans ma vie...
Tout le monde est ravi de me voir avec une gentille fille. Moi je m'en tape. Elle fait partie de la déco, vraiment, avec un peu d'hygiène sexuelle de temps en temps.
C'est que, voyez-vous, je vis, mais pas vraiment. C'est la grande ère cannabis et alcool qui dure depuis un an. Personne ne vois, à part peut-être un peu Maman. La Potiche est là à côté de moi. Je ne crois plus en rien: j'ai tout raté...
Remontons au collège. Premier de la classe, comme je l'ai déjà dit, mais aussi fils du policier municipal en chef de ma petite ville de Claix, c'est la fin précoce de l'enfance. Mon quotidien est surtout fait d'insultes, dont certaines -tapette- que je ne comprends encore pas, et d'un cercle de vautours gravitant autour de moi pour lorgner sur mes copies.
C'est aussi une banlieue bourgeoise, d'avocats, de médecins et d'ingénieurs. Mes parents à moi sont de petits fonctionnaires sans intérêt...
Je ne peux compter que sur une seule amie et voisine, Cécile. Même si elle aussi les aimait bien mes copies (au point de nous valoir un 0 coeff 3 au bac blanc de français en première)...
Et aussi un nuage de groupies. Je pense que je devais être beau gosse, à douze ans. Blondinet à la puberté avancée (la doctoresse s'était régalée de la grosseur de mes testicules lors de sa palpation de la visite médicale en sixième), je plaisais aux jeunes demoiselles.
A douze ans, l'une d'elle, Emilie (cousine d'un membre des Charts, dont à fait partie Calogero), aux parents divorcés, vivant avec sa mère remise en ménage avec un homme dont la femme s'était suicidée, me fait découvrir le roulage de pelle et la branlette. C'est bon, et moi, dans les vestiaires du gymnase au collège (le gymnase du gymnaste est un monde à part, il faudrait d'autres mémoires...), je commence à lorgner sur cet objet de plaisir chez mes camarades...
Je traverse ma scolarité brillament sans grand travail, et je vis dès cette époque des chassés croisés amoureux, dont les stars sont Céline (Elle) et Sandra (Petite Conne). A la fin du collège (Georges Pompidou, le collège) et jusqu'en terminale (lycée Marie Curie à Echirolles), je me fixe avec Petite Conne pour trois années. C'est avec elle que je perdrais "vraiment" ma virginité. Tout va encore à peu près bien, quand tout s'écroule.
Ce premier rêve d'amour s'effondre sur mes 17 ans. Petite Conne me trompe, puis vit ouvertement cette autre relation, sans me quitter, pendant trois mois, avant de m'évincer.
Je me venge sur qui se place sur mon chemin, à coups de lettres anonymes et autres embrouilles, où apparaît Lauriane, jeune fille d'origine guatémaltèque aujourd'hui proche (comme moi ?) de la schizophrénie.
Je perds la tête de la classe (septième place, tout de même)... Et c'est le premier rêve professionnel qui s'effondre sur mes 18 ans: mon dossier est insuffisant pour incorporer une classe préparatoire à l'école vétérinaire... Lourd échec pour ce petit élève brillant et adulé des professeurs que je suis. Lourde déception. Adieu, rêves... Et je choisis ce BTS à la va vite. Protection et Gestion de la Nature m'aurait mieux convenu.
Passe l'été... Je vis dans les bras de Elle de merveilleux moments. Je crois aimer. Je crois être grand... Oui, je l'ai aimée, je crois.
Puis c'est le départ à Lyon. Le début de la première année est enivrant. Nouveauté. Liberté. Nombreuses soirées arrosées. Et à l'internat, c'est l'étage des pédés. En face de ma chambre, celle de David (Bite Tordue) d'Albertville. Un jeune homme très complexé... En quelques semaines, nous nous avouons notre homosexualité. Je dois quitter Elle.
Notre histoire avec David sera en dents de scie, entrecoupée pour ma part de nuits torrides dans la chambre de Gilles, à deux portes de la mienne. Entre les deux, la chambre de Nicolas, un protestant baptiste ou quelquechose comme ça, fervent défenseur de la foi et de la virginité avant le mariage. Je suis un des seuls à avoir échappé à ses leçons de morale, malgré d'autres discussions intéressantes, allez savoir pourquoi... A côté de la chambre de David, une Pascale (de la promo Technico-Commerciale) s'entiche aussi de moi, sans résultat.
Mais revenons à David. Malgré de merveilleux moments, la fin de notre histoire est un chaos. Il n'arrive toujours pas à digérer son homosexualité, et me reproche notre relation avec beaucoup de violence verbale et physique.
En deuxième année, nous ne nous adressions plus la parole... Second rêve amoureux qui s'envole...
La seconde année est une descente vers le côté obscur. Ce n'est plus l'internat, chacun à son petit appartement en petis groupes.Je partage le mien avec mon pote Geoffroy et David, cohabitation tendue... Je m'enfonce dans l'alcool et le cannabis. La Potiche (qui partage son appart avec Nicolas et Sophie, l'autre fille de la promo, d'origine réunionnaise et un brin nymphomane) réussit à s'incruster parfois, mais je la vois le moins souvent possible.
Je ne suis pas motorisé, et Dardilly (où est né le Curé d'Ars) où se trouve le lycée agricole, est à 20 kilomètres de Lyon. Je sors en boîte, seul, dans le milieu gay.
Tantôt je finis dans des situations scabreuses dont je ne me rappelle qu'à moitié, alcool, shit et même quelques pilules avalées.
Tantôt j'erre dans les rues de la ville nocturne et sur les berges du Rhône où ça drague, attendant les premiers bus du matin. Je baise encore. Je me fais aussi racketter. Je prends quelques râclées, sans trop de gravité. Je rencontre aussi quelques travestis prostitués et des clochards avec qui discuter. Voilà comment se passe ma vingtième année.
Et l'année scolaire se termine sur l'échec au concours d'entrée à l'Ecole Nationale Supérieure du Paysage, qui délivre le titre d'architecte-paysagiste, et que je raterais encore l'année suivante (chose qu'aujourd'hui je ne regrette pas, mais enfin allez savoir...)
Départ alors pour Carpentras, où La Potiche est venue aussi. Je ne crois plus en rien: j'ai tout raté...
Et puis cette aventure provençale. Toujours des escapades nocturnes au bord du Rhône, à Avignon...
Et Sébastien. Sébastien de Bordeaux, qui de ses 23 ans réveille les souvenirs de l'enfance, ceux de la classe de mer, et tous les autres... Sébastien le Vierge (ce n'est pas son signe astrologique). Sébastien le Candide. Sébastien le Riche, aussi. Sébastien le Discret, qui ne révèle presque rien de lui, tout en faisant le pitre. Sébastien le Rêveur.
Nous étions presque toujours silencieux, quand nous nous retrouvions seuls. Ce n'était pas fréquent: avec Lui, Sylvie La Potiche, Rémi (connu aussi en BTS), Philippe d'Agen et Sandrine de Haute-Saône (qui partageait me fumaille), nous avions loué tous les six une maison à Mormoiron, au pied du Mont Ventoux, théâtre d'aventures joyeuses.
Seb avait amené sa super chaîne hi-fi multi CD pleine de boutons et chantait à pleine voix. Seb faisait l'andouille en AX et nous emmenait en balade (moi, je venais juste d'obtenir le permis, pour planter ma 306 chérie, déjà, dans un muret en rase campagne en revenant d'Orange, l'immobilisant pour un mois).
Quelquefois, aussi, dans la salle de bains, nos regards se croisaient à travers les jeux de miroirs.
Petit à petit, dans nos silences, nous avons senti des aveux. Puis des questions étouffées de la part de Seb. A l'époque, je parlais volontiers, surtout en présence de Sylvie La Potiche, de ma bisexualité, et me vantait de mes lugubres exploits lyonnais. Puis de la distance. De la peur. Mais nous savions pourtant qu'on était bien, à côté...
Puis vient janvier 1999 et la fin du petit groupe provençal. Nous ne devions normalement plus jamais nous revoir, nos épreuves terminales étant décalées. Ma tête, et mon coeur, tournaient et battaient dans tous les sens.
Je me suis décidé à quitter Sylvie une semaine avant la fin des cours, passant les nuits sur le canapé. Enfin, le dernier soir, je me suis maladroitement lancé (avec quelques verres dans le nez, bien-sûr), demandant à Sebastien s'il était attiré par les garçons. "Je ne sais pas", m'a-t-il répondu.
Moi, je lui ai donné Dune, mon poème.
Et le lendemain, pour le grand départ, je lui ai dit que je voudrais le revoir. Il m'a répondu: "Je t'appellerai peut-être".
Et il est parti. Me laissant sans nouvelles pendant quatre mois.
Voilà. Vous pouvez maintenant lire Dune. Je l'ai écrit il y a sept ans presque jour pour jour, puisque c'était le 20 janvier, jour de la Saint-Sébastien.
Et depuis, il y a eu ces quatre mois d'attente, nos retrouvailles, et ces sept années passées, pleines d'aventures bordelaises, plus ou moins gratifiantes... Mais avec Sébastien.
27 janvier 2006
Souvenirs à Cheval
C'est en passant par chez Chaque Homme, qui avoue n'être jamais monté à cheval, que ce souvenir m'est revenu. Et je suis tombé aussi juste après sur un autre "à cheval" chez Mathys !
C'était à la fin de mon BTS. Pour fêter ça, Sophie avait invité une dizaine de personnes de la promo dans l'ancien hôtel de ses parents près de Millau (Aveyron) (ils ont aujourd'hui un camping dans le Gard). Deux jours de fête, et cette superbe promenade à cheval sur le Causse Noir.
C'était la première fois pour moi, et à ce jour il n'y en a pas eu d'autre.
Un souvenir vraiment magique. Déjà pour le cadre sauvage. Mais aussi pour les sensations.
Après avoir enfourché la bête (pas de problème, je suis gymnaste !) et après nous avoir donné les notions rudimentaires des coups de rênes et de talon à donner pour communiquer avec le cheval, le guide nous précède sur les sentiers.
C'est d'abord la marche au pas. Tout le plaisir de se laisser bercer par les doux cahotements du cheval en contemplant la nature autour de moi.
Puis vient le trot. Là, l'animal commence à se rappeler à mon attention. Les soubresauts s'intensifient, et il faut trouver la fréquence harmonique, se détendre pour épouser le mouvement. Et le paysage se met à défiler à une allure parfaitement inédite, tant dans la vitesse du déplacement que dans la ligne d'horizon toujours en perpétuel mouvement vertical.
Enfin, le guide nous lance au galop. Et j'ose le dire: j'ai eu peur. Peur de tomber surtout, ou de perdre mes lunettes, glissant sur mon nez dans l'intensification du mouvement.
Mais quelle sensation ! L'oscillation s'amplifie encore, et l'on ressent vraiment de petits coups dans le bassin. Le paysage se déroule comme un autre monde, et sous moi, c'est le cheval qui est roi. J'ai nettement la conscience que c'est lui qui me mène, qu'à tout moment il peut décider d'être le maître.
Je ressens sa chaleur, sa puissance et son odeur. J'entends le martèlement des sabots sur le sol...
Oui, c'est lui qui me porte, c'est lui qui me fait vibrer. Je ne suis que sur son dos, une symbiose de sa force qu'il me donne, et c'est dans ses parfums que j'offre mon visage au vent qu'il crée de sa course. Et je me laisse glisser dans cette ivresse, ce tourbillon galopant de vie naturelle.
Oui, un magnifique souvenir...
D'autant qu'il est aussi associé à des lieux merveilleux, aussi visités dans la région: Les Gorges du Tarn, l'Aven Armand et le Chaos de Montpellier-Le-Vieux, pour ne citer qu'eux... (et en espérant qu'ils sauront se préserver de la surfréquentation, mais surtout des investisseurs et promoteurs que ne manquera pas d'attirer l'autoroute A75 et son fameux Viaduc de Millau)
11 février 2007
re CO naissance
VOus le recOnnaissez, ce petit garçOn-là ?
MOi, je le cOnnais... Il vit dans ma mémOire, avec sa mémOire...
04 juillet 2008
Volte et Chaloir
Une attitude...
"Merci, c'était très intéressant !" me suis-je fendu dans un grand sourire en quittant l'IRTS et cette bonne-femme à qui j'aurais bien fait manger son (mon) dossier...
Avant de le raconter, cet entretien aura eu au moins l'effet bénéfique de me remémorer certains regards que l'on a déjà portés sur moi. Et d'alimenter un peu cette catégorie Mémoires de détails qui parsèment son résumé de départ...
Dardilly, dans la banlieue lyonnaise. 1997.
C'est ma première année de BTSA Aménagement du Paysage, en internat. Internat qui est plutôt une pension complète. Tous les repas se prennent au réfectoire du lycée, le bâtiment des chambres des BTS est aussi dans l'enceinte du lycée, mais sans aucune surveillance nocturne. Normal pour de jeunes adultes...
C'est un lycée agricole, et la section Paysage, à peine sortie de son appellation Jardins et Espaces Verts, attire surtout les garçons. Des garçons qui viennent surtout des sections techniques (CAP, BEP, BTA), aux loisirs bruts. Tout ce petit monde se retrouve dans notre bâtiment pour la première fois loin du cocon familial. Les majorités sont neuves de une à trois années. Bref... Dans ce bâtiment, tous les soirs, c'est la fête ! Toujours au moins une chambre où sautent les capsules de bière... Cette ambiance mériterait bien des détails, mais ce n'est pas aujourd'hui l'objet de mon souvenir.
Face à cette liberté nocturne apparentée au monde estudiantin, les journées de cours, dans un lycée, dispensés en partie par des profs de lycée, sont assommantes de scolarité. Contrôles des absences, interrogations écrites, orales, récitation immédiate exigée... Du moins pour les matières générales du tronc commun des BTS. Faisant partie de la poignée de ma promo issue du bac général, ayant traversé cette scolarité avec beaucoup de facilité, je retrouvai l'ennui de la première place (que je n'ai cédée qu'en première pour la deuxième, et en terminale pour une fluctuation dans le premier tiers). Cependant, je l'abordai un peu différemment, m'estimant cette fois en droit de n'apporter mon attention qu'aux savoirs qui m'étaient utiles. Cette attitude m'a valu une sérieuse altercation avec la prof d'anglais. Pris en flagrant délit de n'avoir pas fait un travail qui ne m'aurait rien apporté, elle s'est crue autorisée à me dire que j'avais un poil dans la main, et m'a harcelé de remarques désobligeantes durant les deux heures de cours. Peut-être avait-elle besoin, comme souvent, de compenser son propre poil en exposant à la promo, sans mon autorisation, des exemples pédagogiques piochés dans mes disserts (genre un "amazing and amazed" dont j'ai totalement oublié le contexte). J'avais tenu les deux heures, mais je suis allé lui dire le fond de ma pensée à la fin du cours, avec l'intensité induite par mes deux heures de rumination (bé oui, moi je ne voulais pas la rabaisser devant tout le monde...).
La seule nouveauté concernant les matières générales était les cours de communication. Je les abordai avec circonspection. J'avais (et j'ai toujours...) en horreur l'idée qu'il n'y a qu'une seule et bonne manière pour être entendu...
Un souvenir en entraînant d'autres, remontons au lycée du bac, en seconde trois ans plus tôt. Marie-Josèphe, prof de français sainte-nitouche, hypocrite et méprisante envers cette classe qui se destinait majoritairement à la section scientifique, avait bien du mal à nous faire apprécier ses jeux de mots d'un autre âge et son adoration de la culture classique décortiquée en commentaires immuables... La voilà qui m'interroge... "Je n'ai pas trouvé" lui dis-je... (comprenez: "je ne suis pas certain d'avoir le même sentiment que vous à la lecture de ce texte, cette construction pourrait très bien aussi révéler autrechose, mais je suis bien incapable de vous l'exposer succintement et clairement devant le groupe, surtout si vous attendez de moi que je serve de locomotive à votre discours. De plus, hier soir à la télé c'était le premier sidaction, j'ai bien d'autres choses en tête").
"Et bien cherchez !" m'ordonne-t-elle. Autant me dire que j'ai un poil dans la main... Je lui réponds: "C'est du français. Si je vous dis que je n'ai pas trouvé, c'est que j'ai déjà cherché". Et me voilà viré de cours pour la première et unique fois de ma vie: "Oh...! Quelle insolence !".
A cette époque, j'avais cédé au conformisme, à la comédie, d'aller présenter des excuses à la fin du cours, mentant honteusement...
Mais revenons au BTS et son sujet principal, les matières techniques et l'enseignement professionnel.
Là, ça m'intéressait. Je découvrais tout: cartographie, topographie, reconnaissance des végétaux, utilisation des végétaux, conception paysagère, dessin technique, réglementation territoriale, maçonnerie, réalisation de sols, gestion d'entreprise...
Les intervenants manquaient parfois de pédagogie, mais nous fournissait toujours des informations denses, des exemples concrets. Mais la densité des informations, pour un élève issu de section généraliste, était telle, qu'il était pour moi inconcevable d'en ingérer la totalité en une ou deux années. Je conservais donc mon attitude, sélectionnant les informations prioritaires, remettant d'autres acquisitions à plus tard, me projetant dans une pratique ultérieure et réelle. Mon projet était alors de devenir architecte-paysagiste (tout ce qui m'en a détourné depuis est au début de Mes Leçons de Paysage). Je m'autorisais donc aussi à sélectionner mon volume d'heures de cours. Il m'arrivait ainsi fréquemment de disparaître entre deux heures de théorie de mise en oeuvre de travaux (l'étude des polycopiés en solo me suffisait) et de zapper carrément les travaux pratiques. Je n'aurais pu que regarder ceux, majoritaires, qui avaient déjà effectué des travaux en entreprise, qui n'auraient pas laissé un empoté s'y essayer... Je regardais donc depuis la fenêtre de ma chambre, clope au bec, parfois un petit joint, la pose des clôtures ou de canalisations, les pavages, la plantation de végétaux ou la taille des massifs. Entre deux bouquins ou deux chansons...
Mon meilleur pote de promo, c'était Geoffroy. Lui provenait d'un parcours technique (BEPA, BTA), et se destinait à créer son entreprise de travaux paysagers. Ce sont donc les matières techniques qui lui semblaient une redite à la fois inefficace et insuffisante pour les novices. Quant aux matières générales, elles ne l'avaient jamais intéressé, cela n'allait pas changer. Pour des raisons à la fois semblables et différentes des miennes, il se trouvait dans une attitude proche. Cependant, lui n'aurait jamais osé zapper les cours (ni inventer les fadaises qui vont avec). En revanche, sa présence se limitait le plus souvent à fomenter de monumentales critiques, assaisonnées de son accent de Marseille.
Nous avions d'autres point communs. Aucun goût pour la compétition avec les autres, quelle qu'elle soit. Avec nous-mêmes, pourquoi pas... Dans cette promo de sauvages, un goût pour les loisirs simples, comme les discussions entre amis, plutôt que les loisirs bruts et les beuveries collectives. Quelques difficultés aussi à aimer notre être, chacun à sa manière. J'achevais la lente acceptation de mon homosexualité en franchisant le pas physique, lui terminait l'acceptation de ses rondeurs. Bref, une paire intéressante (je suis invité à son mariage au mois de septembre)... Et qui mériterait d'autres détails, mais je voulais parler ici de regards que l'on avait portés sur moi. Celui qui suit, on l'a aussi posé sur lui.
Le prof principal de la promo s'appelait Monsieur Montagneux. Il était responsable de toute la partie végétale de l'enseignement. Nous avions donc affaire à lui de nombreuses heures. Une sommité dans son domaine, ingénieur horticole reconnu, auteur de plusieurs bouquins.
Ce petit bonhomme grassouillet, rondouillard jusque dans la forme des lunettes, volontiers rigolard, au cheveu se faisant rare, avait pourtant l'air insignifiant. Sous mon regard masculin de jeune adulte étudiant, il était plutôt agaçant.
La pédagogie n'était pas vraiment son fort... Du moins au sens strict. Car son moteur, pour enseigner, était la passion. Jamais lassé de nous promener autour des différents massifs d'agrément du lycée, de détailler chaque plante. De reconnaître au volume, à la hauteur, à l'implantation des feuilles, au positionnement des nervures, à la fructification, à la couleur du feuillage ou de l'écorce, chacun des végétaux, des annuelles et vivaces aux ligneux, au cultivar près, nous en donnant en latin et en français les différentes successions d'appellations dans le temps, les différentes appellations régionales. Même en hiver, on pouvait lui apporter un bout de bois, il savait de quel arbre ou arbuste il s'agissait. Et de nous dire encore de quel terrain il avait besoin, de quelle humidité, de quelle exposition, sa vitesse de pousse, de quels parasites il pouvait être la cible, et de nous proposer aussi avec quoi l'associer, dans des combinaisons bien plus complexes et variées que celles que nous avions sous les yeux, pour des résultats esthétiques en toute saison.
A ces balades dans le lycée et son arboretum, il ajouté des milliers de diapositives prises par ses soins dans tous les plus beaux jardins du monde et de France, les commentant sans notes, avec la même précision. Il nous a distribué la trace écrite de son savoir (dont le rythme était le point faible pédagogique) sous la forme de centaines de photocopies de tableaux conçus par lui, regroupant et classant toutes les informations citées précédemment, agrémentées de dessins de sa main, recensant pas loin de 30 000 espèces végétales naturelles et horticoles. J'ai toujours ces documents.
Et c'est ce petit bonhomme là qui nous avait affublés de deux qualificatifs. Un bruit de couloir, rapporté d'une conversation entre lui et la prof d'arts plastiques, mais bruit tout à fait crédible... Il nous estimait donc nonchalants et désinvoltes.
Geoffroy s'était plutôt énervé, à la marseillaise, de ce commentaire, dans notre dos. Moi, de sa part, je l'avais pris un peu à la rigolade, et ça ne me semblait pas si éloigné de la vérité. Maintenant... Etait-ce une critique positive, négative, objective ? En tous cas cet avis ne mettait pas en cause une partie de notre avenir, n'entrait pas dans le champ de l'évaluation...
Aujourd'hui, avec onze années de plus et un parcours, j'ai vérifié le sens des mots dans le dictionnaire. Je trouve que cette remarque était assez juste, empreinte d'une sorte de complémentarité contradictoire. Et je sais par expérience que cette attitude laisse rarement indifférent: on aime... ou on déteste...
Si je remonte encore un peu plus loin dans le temps, ma prof de français des quatre années de collège, m'a toujours incité à prendre garde aux interprétations auxquelles pouvait donner lieu mon attitude et les avis souvent tranchés (ne correspondant pas vraiment à mes interrogations) de mes dissertations, selon des inclinations qu'on n'attendait pas forcément d'un très bon élève à l'air sage... (j'espère que je n'écris pas de bêtises, elle a internet maintenant...!)
Aujourd'hui, dans notre correspondance, je m'autorise à sélectionner certains de ses mots, parce qu'ils réconfortent: original, rigoureux, ouvert et vif.
A suivre, bientôt, dans Ma Vallée Quotidienne, ce qu'on a dit de moi à l'IRTS, la semaine dernière...

















